Une question de rapport de force à la STO

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Des employées en grève ont manifesté, lundi, dans les bureaux de la STO.

Martin Roy, Archives Le Droit

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CHRONIQUE / Le pauvre citoyen qui attend son autobus au coin de la rue, à Gatineau, aimerait savoir qui a raison.

Est-ce que les chauffeurs d'autobus de la Société de transport de l'Outaouais (STO) sont trop gourmands dans leurs demandes salariales?

Ou, au contraire, est-ce que le président de la STO, Gilles Carpentier, se montre trop intransigeant envers les syndiqués?

Il n'y a pas de réponse claire pour l'instant dans la mesure où chacun des deux camps laisse filtrer seulement les informations qui servent sa cause dans le présent conflit de travail.

Et le contribuable se retrouve pris au milieu d'une guerre de chiffres impossible à décrypter.

Au moins, les usagers du transport en commun, qui font les frais du conflit depuis quelques semaines, savent maintenant que la question salariale est l'un des éléments clés du litige.

Aux dires de Gilles Carpentier, les chauffeurs et les mécaniciens ne seraient pas à plaindre: ils gagneraient plus de l'heure que les infirmières! 

Une affirmation qui est cependant contestée par le syndicat et qui fait l'objet, elle aussi... d'une guerre de chiffres.

De toute manière, il y a dans ce conflit de travail des enjeux qui vont bien au-delà du renouvellement de la convention collective.

On sent que la direction de la STO, Gilles Carpentier en tête, cherche à profiter de l'actuel conflit de travail pour redéfinir son rapport de force avec le syndicat des chauffeurs et des mécaniciens.

Et c'est tout à fait en lien avec la volonté de l'administration du maire Maxime Pedneaud-Jobin de dégraisser la STO et de réduire l'inflation des quotes-parts annuelles de la ville, tout en améliorant le service aux usagers.

Même s'il n'est pas membre du parti du maire, Gilles Carpentier s'est imposé comme l'homme fort de ces réformes. On sent que l'ancien sous-ministre adjoint au Conseil du Trésor est tout à fait dans son élément lorsqu'il réplique coup pour coup aux déclarations du syndicat.

Pas pour rien que M. Carpentier a été pendu en effigie du côté syndical et qu'on arbore une caricature de lui sur les pancartes. Il représente une menace pour le statu quo. On l'a même accusé de vouloir la tête du président du syndicat, Félix Gendron, ce qu'il a nié.

D'après ce qu'on a su lundi, la direction de la STO s'attaque à des éléments clés de la convention collective. Elle veut abolir la clause de parité avec les chauffeurs d'OC Transpo et imposer un gel de salaire pendant les deux premières années du nouveau contrat de travail (elle leur offre plutôt un montant forfaitaire de 3% pour ces deux années).

Bref, pas étonnant que le syndicat se rebiffe devant de telles demandes.

La dernière fois qu'on a voulu imposer un gel aux chauffeurs de la STO, c'était au milieu des années 1990, pendant la réforme Ryan. La différence, c'est qu'à l'époque, tout le monde se faisait imposer des gels. Alors qu'aujourd'hui, les chauffeurs de la STO se demandent pourquoi ils devraient se sacrifier alors que leurs collègues employés municipaux encaissent des hausses de salaire de 1 à 2 %...

Bien malin celui qui peut prédire le dénouement de ce conflit de travail.

Si l'affaire se rend en arbitrage, on évitera sans doute une grève illimitée du transport en commun. Mais à quel prix? Parce qu'un recours en arbitrage, ça peut aussi signifier un conflit judiciaire qui s'étire sur plusieurs années avec une facture salée en honoraires d'avocats. Tout ça pour se retrouver avec une convention collective imposée par un arbitre, qui risque de ne satisfaire personne.

Espérons que les deux parties sauront mettre un peu d'eau dans leur vin d'ici à la rencontre cruciale du 15 mars.




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