Une enquête sur la qualité des soins

CHRONIQUE / Tant qu'à être victime d'un arrêt cardiaque, aussi bien que ça se... (ARCHIVES, LE SOLEIL)

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CHRONIQUE / Tant qu'à être victime d'un arrêt cardiaque, aussi bien que ça se passe à l'hôpital, non ? C'est ce que je me suis toujours dit.

Si mon coeur s'arrête, ça me rassurerait d'avoir des médecins et des infirmières à proximité, sachant que mes chances de survie diminuent de 10 % avec chaque minute qui passe sans recevoir des manoeuvres de réanimation.

C'est peut-être l'aspect le plus troublant de cette autre pathétique histoire du système de santé que rapporte ma collègue Justine Mercier.

Quand il a fait son arrêt cardio-respiratoire en octobre 2015, Pierre Vittecoq 73 ans, était justement soigné... à l'hôpital de Hull. Entouré de médecins, d'infirmières et de préposés aux bénéficiaires.

Et pourtant, il n'y avait personne autour de lui quand son épouse l'a découvert, inconscient et respirant avec difficulté, sur une civière parquée devant l'ascenseur de la néphrologie où il venait de recevoir un traitement d'hémodialyse.

Selon le rapport du coroner, cela faisait sans doute plusieurs minutes qu'il était en arrêt cardio-respiratoire et qu'il reposait là, tout seul, l'oeil gauche grand ouvert, le droit à moitié fermé, le teint livide et les extrémités des membres déjà froides.

Un patient à l'article de la mort, laissé à lui-même en plein coeur... d'un hôpital, qu'on imagine pourtant l'endroit idéal pour se faire soigner rapidement !

Ce qui frappe aussi dans le rapport du coroner et dans celui du bureau du commissaire aux plaintes, c'est l'apparente indifférence à laquelle s'est buté ce soir-là Pierre Vittecoq, un prof de génie mécanique à la retraite.

Même si la consigne est de ne jamais laisser seul un patient qui va mal, l'infirmière en néphrologie n'a pas cru bon de l'accompagner à l'urgence quand son état s'est dégradé.

Quant au brancardier, il a parqué la civière de M. Vittecoq dans un cubicule de l'urgence avant de sacrer son camp, sans s'assurer que «son» patient avait été pris en charge par l'infirmière de service.

Des bavures, vous dites ?

La coroner Pascale Boulay préfère parler d'une «possible prise en charge suboptimale» et d'une «apparence de laxisme». Elle conclut sobrement à une mort naturelle qui aurait «peut-être» pu être évitée si des manoeuvres de réanimation avaient été entreprises plus rapidement...

Quant aux commissaires aux plaintes, il signale que l'infirmière de la néphrologie s'expose à des mesures disciplinaires et que la politique de transport des patients par les brancardiers a été revue de fond en comble depuis la mort de M. Vittecoq.

Voilà, vous êtes rassurés ?

Moi non plus.

Vous savez ce que je trouve le plus frustrant ?

C'est qu'on ne sait jamais si des histoires tragiques comme celle de M. Vittecoq sont des cas isolés ou, au contraire, la pointe de l'iceberg.

Les rapports produits par les coroners et le bureau du commissaire aux plaintes font la lumière sur des cas précis, mais ils ne fournissent pas de portrait d'ensemble véritablement éclairant de la situation.

C'est facile de blâmer une infirmière ou un brancardier. Mais dans quelles conditions travaillent-ils ? Ont-ils été simplement négligents ou étaient-ils débordés de tous bords, tous côtés ?

Il serait utile d'avoir une idée juste de la qualité des soins offerts dans les hôpitaux de l'Outaouais à l'heure où plusieurs cas de décès tragiques ont fait la manchette ces dernières années.

Qu'on se rappelle que le taux de mortalité hospitalière était plus élevé en Outaouais qu'ailleurs au Québec, selon des données publiées par l'Institut canadien d'information sur la santé en 2012.

Si on prenait vraiment «au sérieux» les morts tragiques survenues dans nos hôpitaux comme celle de M. Vittecoq, de De Sale Gauthier, de Bernard Prégent et de bien d'autres, on lancerait une enquête pour faire la lumière sur la qualité des soins offerts en Outaouais, une région particulièrement éprouvée par les coupes budgétaires et la pénurie de personnel infirmier.




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