Des frères humains

Vigile en solidarité pour les musulmans à Gatineau... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Vigile en solidarité pour les musulmans à Gatineau

Patrick Woodbury, Le Droit

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CHRONIQUE / Dites, vous en connaissez, vous, des musulmans ? Moi si. Au moins deux, peut-être plus. Désolé de ne pas être plus précis. À la longue, j'oublie si les gens que je connais prient Dieu, Allah ou Zarathoustra.

Tiens, il y avait ce gars qui jouait dans notre ligue de squash. Un Égyptien avec un talent incroyable. Il était bon, mais bon ! La première question qu'on s'est posée à son sujet ne portait pas tant sur sa religion que sur son fabuleux revers. Non, mais comment il fait pour frapper si fort sans même avoir l'air de forcer ? Le jour où je lui ai offert une bière après le match, il a poliment décliné. C'est comme ça qu'on a su pour sa religion. Et, pour être franc, ça ne nous faisait pas un pli. Il était des nôtres.

C'est juste pour dire que lorsqu'on se donne la peine de mieux connaître quelqu'un, ce sont souvent les points en commun avec cette personne qui nous sautent aux yeux - bien plus que les différences.

J'ai eu une collègue musulmane aussi. Il me revient qu'elle portait le voile islamique. À la fin, je ne le remarquais plus. Tout ce que je voyais de cette grande et fière Berbère, c'était sa gentillesse, son intelligence et l'étendue de sa culture. Quand j'ai appris ce qui s'était passé à Québec, je lui ai écrit un petit texto: « Je pense à toi, c'est terrible ce qui arrive ». Elle m'a répondu un peu plus tard: « Qu'est-ce qu'on peut faire devant la bêtise et l'ignorance ? J'ai surtout une pensée pour les familles. Avec les discours haineux qui ont accompagné l'élection de Trump, il fallait malheureusement s'y attendre. »

Pour ce qui est de Trump, elle a sans doute raison. Le plus étonnant est que ce soit des musulmans qui ont été la cible d'un attentat alors que ce sont eux qui se font marginaliser depuis l'élection du nouveau président américain. Quant à savoir ce qu'on peut faire devant l'ignorance et la bêtise, c'est une saprée bonne question. Mais faire preuve de solidarité est un bon début. C'était d'ailleurs le mot de l'heure au lendemain de la tragédie: solidarité.

Point de presse à l'hôtel de ville de... (Patrice Laroche, Le Soleil) - image 2.0

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Point de presse à l'hôtel de ville de Québec

Patrice Laroche, Le Soleil

Le premier ministre Philippe Couillard et le maire Régis Labeaume sont apparus en conférence de presse aux côtés des leaders de la communauté musulmane de Québec pour dire: nous sommes tous Québécois, peu importe nos croyances et nos origines. Au risque de paraître pompeux, je serais allé un peu plus loin. Dans son roman Les Bienveillantes qui porte sur l'Holocauste, Jonathan Littell commence son récit en s'adressant à ses « frères humains ». Au lendemain de l'attentat de Québec, nous sommes tous Québécois, oui, mais plus que ça, nous sommes tous des « frères humains ». 

J'écoutais lundi un des leaders de la communauté musulmane de Québec inviter les journalistes à personnaliser les victimes de l'attentat. À les « humaniser » pour contrer le discours déshumanisant d'un Donald Trump qui fait des musulmans une menace anonyme destinée à servir son discours de peur. Oui, les victimes de Québec sont des musulmans. Mais c'était aussi, et surtout, des gens comme tout le monde. Des pères de famille, des commerçants, des universitaires. Qui sait s'il n'y avait pas un joueur de squash dans le lot.

Qu'est-ce qu'on peut faire contre la bêtise et l'ignorance ? Traiter les autres comme des frères humains, c'est déjà un bon début.

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