Libérées d'un grand poids

Lucie et Nathalie Lesage... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Lucie et Nathalie Lesage

Patrick Woodbury, Le Droit

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CHRONIQUE / Quinze ans de prison ? Juste ça ?

Quand on a suivi le procès scabreux au possible du « père grand-père » de l'Outaouais, Jacques Roger Lesage, une sentence de 15 ans peut sembler clémente. Trop clémente même.

Le juge voulait donner 19 ans de prison au bonhomme, mais il ne pouvait pas. Il y a un principe qui s'appelle l'« harmonisation des peines » qui fait que tu ne peux pas imposer une peine plus sévère pour de l'inceste que pour un meurtre, par exemple. C'est pour cela que le juge a ramené la peine à 15 ans.

Si ça peut vous consoler, Lesage, qui aura 80 ans le mois prochain, n'a pratiquement aucune chance d'obtenir une libération conditionnelle avant sa mort. Tout indique qu'il finira ses jours en prison. Sa fille Nathalie, qui a été abusée pendant 11 ans, souhaite qu'il goûte à « sa propre médecine » durant son séjour en prison.

Il reste qu'on est ici devant une sentence exemplaire. Sans doute parmi les plus sévères jamais imposées au Canada pour une affaire d'inceste. Une peine à la mesure des révélations immondes du procès. Au lieu de chérir ses enfants, Lesage a plutôt brisé la vie de ses deux filles en les agressant sexuellement à répétition sans jamais en éprouver le moindre remords. Non, il n'a pas commis de meurtre. Mais il a certainement tué quelque chose dans le coeur de ses deux filles.

Peut-être pas à jamais, heureusement.

•••

Après le prononcé de la sentence, Lucie et Nathalie parlaient de « délivrance ». Elles espèrent maintenant se « reconstruire », loin de leur ignoble père. D'ailleurs, elles avaient toutes les deux revêtu du vert pour l'occasion, vert étant la couleur de l'espoir et de la chance. Mais ce ne sera pas chose facile. Lucie disait qu'elle a encore peur de celui qui l'a abusée à répétition pendant 30 ans, à compter de l'âge de 8 ans. 

Les deux femmes étaient quand même belles à voir après le prononcé de la sentence. Rayonnantes, libérées d'un grand poids. Il leur a fallu du courage pour dénoncer leur père comme elles l'ont fait. Elles ont dû surmonter la peur de ne pas être crues, jugées et rejetées. Elles ne regrettent rien et encouragent les autres victimes d'inceste à faire de même. « C'est difficile, convient Nathalie, mais quelle délivrance à la fin! »

Le procès, très médiatisé, leur a procuré une célébrité instantanée. Dans les lieux publics, les gens les reconnaissent, mais n'osent pas les approcher. « Ils peuvent nous aborder comme tout le monde, dit Lucie. On n'est pas différentes des autres. » « Rien n'est pire que d'être ignorée », renchérit Nathalie, qui sous ses airs de fille forte dit cacher une grande fragilité. 

Et fragile, on le serait à moins.

Lesage a agressé Lucie pendant plus de trente ans. Il a fait trois enfants avec sa propre fille, il l'a obligé à avoir des relations sexuelles avec lui tous les jours pendant sa grossesse (alors qu'il pouvait jouir en elle sans danger de l'enfanter), il lui a sauté dessus quand elle est revenue de l'hôpital après son accouchement, il l'a aussi agressée en revenant de l'enterrement de sa mère... Quant à Nathalie, il allait la chercher à son école primaire pour l'amener dans un motel à proximité. Après l'avoir obligée à avoir des relations sexuelles avec lui, il la reconduisait à l'école, tout bonnement.

Abject, vous dites ? Le pire, c'est l'absence totale de remords chez Lesage. Aucun espoir de réhabilitation. Le voilà même prêt à imposer, à une autre victime présumée, l'épreuve d'un second procès avec jury. C'est à se demander si Lesage prend plaisir à abuser du système judiciaire, lui dont les frais d'avocats sont couverts par l'aide juridique.

Pendant toutes ces années, tout ce qui comptait pour Lesage, c'était d'assouvir ses pulsions sexuelles sur ses filles. On a appris durant le procès qu'il a subi l'ablation du pénis en 2012 en raison d'un cancer. Pas l'ablation d'un rein ou d'un poumon. Du pénis. L'arme du crime. C'est comme un signe du destin, non ?

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