Une ambiance de revanche

Chose certaine, les casquettes rouges se tenaient pas... (Zach Gibson, AFP)

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Chose certaine, les casquettes rouges se tenaient pas mal plus tranquilles que les manifestants anti-Trump qui font tout un grabuge en hurlant des « Fuck Trump » à vous casser les oreilles.

Zach Gibson, AFP

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(Washington) CHRONIQUE / Je me souviens encore de l'atmosphère de joie et d'allégresse qui régnait dans les rues de Washington lors de la première prestation de serment d'Obama, en 2009.

Les gens étaient de bonne humeur, ça pleurait, ça s'embrassait dans le métro et dans les rues. Il y avait des airs de fêtes.

Pour l'assermentation de Trump, c'était tout le contraire. Il régnait comme un parfum de revanche et de rancoeur dans la capitale américaine. Autant Obama aura gagné le pouvoir en cherchant à unir les Américains, autant Trump aura fait de même en jouant sur la division.

Dès qu'on a émergé de la bouche du métro pour déboucher sur la 3e Avenue, mon comparse Alexandre Marion et moi, on les a entendus. Les cris des manifestants anti-Trump...

Un jeune noir, le visage masqué, hurlait à tue-tête : « Fuck you, Trump! » en brandissant le poing fermé de l'émancipation noire. Près de l'ambassade canadienne sur Pensylvannia Avenue, de jeunes gais et lesbiennes hurlaient des slogans sous l'oeil vigilant des policiers. Une jeune fille avait écrit sur sa pancarte : « I love pussy and I'm proud ». Une allusion à peine déguisée à Donald Trump qui s'est vanté d'attraper les femmes par la chatte.

La foule n'était pas la même que pour Obama. Je n'ai pas vu d'Arabes, pas de voile, très peu de noirs. La foule était surtout blanche, des jeunes, des vieux, des enfants aussi, avec des écussons ou des couvre-chefs à l'effigie de Trump. Il y avait aussi des motards patibulaires, des vétérans barbus et des ultreligieux qui distribuaient des dépliants à la gloire de Dieu.

Les seuls noirs que j'ai vus avec des casquettes de Trump, ils vendaient des souvenirs. Oscar Robinson et son pote Rob tenaient un stand de vente débordant de chandails, de foulards et d'objets à l'effigie du 45e président des États-Unis. « Dis-moi, Oscar, si tu portes la casquette de Trump, c'est que tu as voté pour lui ? »

« Non, non, non, c'est juste pour gagner ma vie », s'est-il défendu, comme si je venais de l'accuser de pédophilie. Il n'a pas voté pour Trump ni pour Clinton d'ailleurs. « Pas sûr qu'Hillary n'aurait pas fait pire que Trump, a-t-il expliqué. Moi mon gars, c'était Bernie Sanders... »

En nous voyant questionner Oscar, Rob nous a lancé un regard soupçonneux : « Vous ne seriez pas des espions à la solde de Donald Trump par hasard ? » Faut croire que ces rumeurs voulant que les Russes aient piraté l'élection américaine font leur chemin.

« En tout cas, vous faites de sacrés bons espions, a-t-il conclu. Quand vous verrez Trump, dites-lui qu'il aille se faire foutre de ma part ».

Okay Rob, promis.

Plus loin, Ryan Franceschina, un jeune gars du Maryland, portait fièrement sa tuque rouge vif à l'effigie de Trump. Il jasait avec un jeune noir qu'il essayait de convertir à sa cause. Ryan, voyez-vous, veut rebâtir les ponts entre Trumpistes et démocrates. « Faut se parler », a-t-il insisté, en décrivant Trump comme un incompris que les grands médias américains ont pris plaisir à ridiculiser.

Alors tu ne veux pas bâtir de mur, Ryan ? Il a réfléchi un instant : « Un mur, oui, mais avec une grande porte au milieu », a-t-il dit. Il paraissait très content de son idée.

La sécurité entourant la prestation de serment était plus serrée encore que pour Obama. Il a fallu faire la file pendant plus d'une heure avant d'accéder à la zone sécurisée.

Comme des centaines d'autres Américains coincés dans la file, on a écouté le discours de Trump sur nos téléphones intelligents.

Le monsieur à côté de moi, un homme d'affaires de la Louisiane, était fier de Trump qui a promis de redonner le pouvoir au peuple et de créer des milliers d'emplois.

Vous ne trouvez pas qu'il met la barre haute ? Il pourrait vous décevoir, lui ai-je dit.

« Bah, il ne pourra faire pire qu'Obama » a-t-il rétorqué.

J'ai trouvé les Trumpistes très réticents à expliquer leur vote. Comme s'ils en avaient vaguement honte ou qu'ils craignaient d'être jugés. 

Chose certaine, les casquettes rouges se tenaient pas mal plus tranquilles que les manifestants anti-Trump qui font tout un grabuge en hurlant des «Fuck Trump» à vous casser les oreilles.

Quand Trump a fini par défiler sur Pennsylvania Avenue, il est passé si vite que j'ai oublié de lui faire le message de Rob.

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