Pourquoi une grève?

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Les usagers de la STO semblent prendre la menace d'une grève avec philosophie et donner le bénéfice du doute aux chauffeurs.

Martin Roy, Archives Le Droit

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CHRONIQUE / Les chauffeurs de la Société de transport de l'Outaouais (STO) menacent de tomber en grève dès vendredi et on ne sait toujours pas trop pourquoi. Qu'est-ce qui achoppe ? Les salaires ? Les pauses pipi ? Le respect de l'ancienneté ?

Je comprends que de part et d'autre, on ne veuille pas négocier sur la place publique. Mais compte tenu de tout le branle-bras qu'une grève déclencherait dans la région, il me semble que tant la direction que le syndicat devraient se fendre d'un minimum d'explications.

Malgré tout, les usagers de la STO semblent prendre la menace d'une grève avec philosophie et donner le bénéfice du doute aux chauffeurs. Les gens se disent sans doute que si le conflit de travail perdure depuis deux ans, c'est que l'employeur a sa part de tort.

L'attitude conciliante des usagers pourrait toutefois changer rapidement si l'arrêt de travail devait traîner en longueur comme ce fut le cas pour la grève de 51 jours d'OC Transpo en 2008. Au bout d'un moment, les gens vont commencer à poser des questions sur les tenants et aboutissants de la grève. Et ils seront en droit d'obtenir des réponses, eux qui financent à même leur taxes le fonctionnement de la STO et le salaire des chauffeurs.

N'empêche que c'est bizarre d'entendre aux nouvelles que le transport en commun n'est toujours pas considéré comme un service essentiel en 2017. En plus de contribuer à faire rouler l'économie en transportant des dizaines de milliers de travailleurs, l'autobus réduit aussi les émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. N'est-ce pas assez pour en faire un service essentiel ?

Vous me direz que le Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) ne fait qu'appliquer les dispositions du code canadien du travail. Or selon le code, seul un risque imminent et grave pour la santé et la sécurité aurait pu justifier qu'on prive les chauffeurs de la STO de leur droit de grève. On a jugé que ce n'était pas le cas.

Parlant de santé, de récentes études européennes lient la pollution automobile à des cas d'asthme chez les enfants, de même qu'à des maladies cardiaques coronariennes chez les personnes âgées. Or à Gatineau, le développement du transport en commun a permis de retirer 25 000 voitures des routes, entre 1995 et 2010, en plus de réduire les émissions polluantes de gaz à effet de serre de 35 000 tonnes par année. Est-ce que quelqu'un a pensé à faire valoir cet argument devant le CCRI ? 

***

Un peu à la manière d'un Donald Trump, le conseiller gatinois Mike Duggan n'hésite jamais à user de ses comptes Twitter ou Facebook pour lancer des idées sur la place publique.

En réaction à la menace de grève, il a proposé sur Facebook de démanteler la STO et de créer une nouvelle organisation de transport en commun suprarégionale avec la collaboration d'OC Transpo. « Ce serait logique et ça servirait les intérêts des deux côtés de la rivière », fait valoir M. Duggan.

L'idée a du bon sens. Il serait tout à fait logique d'avoir une seule entité pour gérer le transport en commun sur tout le territoire d'Ottawa-Gatineau. Actuellement, Ottawa fait ses affaires, Gatineau fait les siennes. Chacun pense le transport en commun en fonction de son bord de la rivière et de ses propres contribuables. On pourrait dire que c'est la même chose dans le domaine de l'éducation et de la santé. Ça donne lieu à des aberrations et à des conflits frontaliers, que ce soit au sujet des prochaines stations du train léger, de l'emplacement d'un futur pont interprovincial, des programmes d'études postsecondaires ou des soins de santé. 

Ce n'est pas d'hier qu'on jongle avec l'idée de créer une structure suprarégionale pour s'occuper des questions régionales. Qu'on pense à cette vieille proposition d'un district fédéral qui n'a jamais abouti. 

Reste à voir si Mike Duggan a lancé des paroles en l'air ou s'il en fera une proposition concrète - lors de la prochaine campagne électorale.

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