Pourtant, la vie est là

Un quartier s'est mis à vivre d'un seul... (Archives, Le Droit)

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Un quartier s'est mis à vivre d'un seul coup à la suite de l'atterissage de quelques montgolfières dans le voisinage.

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CHRONIQUE / Il ne se passe pas grand-chose dans le quartier où je vis à Gatineau. La plupart du temps, il ne s'y passe rien du tout.

J'aperçois mon voisin de temps à autre quand il déneige sa voiture dans la cour d'à côté. Entre deux coups de balai à neige, on se salue poliment, on se dit: c'est pas chaud, hein?, et on part pour le travail.

J'habite un jumelé anonyme, à côté d'un autre jumelé anonyme, sur une rue où toutes les habitations se ressemblent avec leurs teintes de gris, de beige et de marron.

Je demeure dans un secteur neuf, qui n'a même pas dix ans d'existence. Devant chaque habitation, le gazon s'orne du petit chicot d'arbre réglementaire que les promoteurs ont l'obligation de planter.

J'ai l'air de me plaindre? Pas tant que ça. Je le trouve ennuyeux mon quartier, mais je l'ai choisi en toute connaissance de cause, parce que les maisons sont abordables et bien construites, parce que l'école n'est pas loin, parce qu'il est central et à proximité de tout - à condition de posséder une voiture.

Ah oui, j'oubliais: j'aime aussi les lampadaires de mon quartier. Je trouve qu'ils ont de la gueule. Ils me rappellent ceux que j'ai vus sur le bord de la Tamise, à Londres.

En fait, je serais tenté de dire qu'il ne manque qu'une chose à mon quartier: de la vie.

Et pourtant, ce n'est pas tout à fait vrai. Elle est toute là, la vie, quand on y pense.

Mon quartier est plein de monde de toutes origines. Il y a des vieux, des jeunes et des enfants. Des blancs, des noirs et des arabes. Des familles et des gens seuls, des militaires en transit et aussi, paraît-il, des membres de gang de rue.

Il y a de la vie dans mon quartier, mais la plupart du temps, elle s'embusque dans les maisons ou dans les voitures qui roulent vers le boulot et le centre commercial.

Il n'y a presque jamais personne qui déambule sur nos trottoirs que la Ville déneige pourtant religieusement après chaque tempête.

Il n'y a pas d'enfants qui jouent au hockey ou au basketball dans la rue.

Quand on y pense, il n'y a rien non plus pour attirer le monde dehors et pour favoriser un esprit de voisinage.

Et pourtant, il y a deux ans de cela, il a suffi d'un événement inattendu pour que tout mon quartier se mette à vivre d'un seul coup.

C'était pendant le Festival des montgolfières. Ce jour-là, le vent a doucement poussé vers l'ouest les ballons qui avaient décollé du parc La Baie.

À travers la fenêtre ouverte de la cuisine, c'est le « wouuuffff! » d'un brûleur qui m'a alerté. J'ai jeté un coup d'oeil dehors. Une montgolfière atterrissait dans le grand bassin de rétention derrière chez nous.

Je me suis précipité dehors, les enfants à ma suite. Le ciel était rempli de montgolfières. Elles atterrissaient ici dans un champ, là sur le bord du mur antibruit, le long du chemin Pink.

Le miracle, c'était les gens qui sortaient des maisons pour s'attrouper autour des ballons. En l'espace de quelques minutes, il y avait plein de monde dehors, les yeux tournés vers le ciel.

Des gens qui souriaient, qui se parlaient, tout heureux d'avoir une occasion de fraterniser autour des montgolfières posées un peu partout.

Ce jour-là, j'ai connu mes voisins d'en face qui avaient deux jeunes enfants, tout comme nous.

Bref, je lisais dans mon journal que la Ville de Gatineau consultera sous peu la population sur sa politique d'habitation.

En bon élève studieux, je me suis tapé les documents mis en ligne sur le site Web de la Ville.

Et je l'avoue, je m'y perds au milieu de ces termes techniques comme « mixité sociale » ou « zones de revitalisation » destinés à créer des « milieux de vie stimulants ».

Je ne comprends pas grand-chose à votre jargon et pourtant, j'aimerais vous faire une proposition. Je vous laisse le soin de la traduire dans votre langage urbanistique.

La voici: est-ce qu'on ne pourrait pas construire des pistes d'atterrissage pour montgolfières dans mon quartier?

C'est juste une suggestion, vous en faites ce que vous voulez.

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