Le piège de l'insignifiance

Le gouverneur général David Johnston et son épouse... (Archives, La Presse canadienne)

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Le gouverneur général David Johnston et son épouse Sharon (à gauche) rallument la flamme du centenaire sur la colline parlementaire, le soir du 31 décembre, en compagnie de la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, et de l'aîné algonquin Albert Dumont.

Archives, La Presse canadienne

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CHRONIQUE / Savez-vous à quoi me font penser ces grandes réjouissances prévues pour le 150e anniversaire de la Confédération ?

À ces partys de famille où l'on évite soigneusement de parler politique pour ne pas repartir la chicane entre le beau-frère séparatisse et le mononcle fédéralisse.

Aussi grandioses soient-elles, je trouve que ces célébrations du 150e sonnent déjà creux avec leur cortège de feux d'artifices, d'innombrables drapeaux du Canada et de cérémonies aussi pompeuses que vides de sens.

Jusqu'à maintenant, le programme des festivités ressemble plus à une grosse opération marketing pour attirer des touristes dans la capitale qu'à la commémoration d'un événement fondateur du pays. Ça me rappelle cette visite très courue du prince William et de Kate Middleton à Ottawa en 2011. Cette fois-là, c'est le passé monarchique du pays qui avait servi de prétexte pour remplir les hôtels de la capitale.

Pour le 150e, on promet de nous en mettre plein la vue. Au programme, des marionnettes géantes, un pique-nique sur le pont, un restaurant suspendu, la Coupe Grey, la soirée des Juno, le Cirque du Soleil, des Mosaïcultures, et j'en passe. Le peuple sera content, comme toujours quand on lui donne du pain et des jeux !

Mais c'est quoi le lien avec la naissance de la fédération en 1867 ? De toute l'histoire canadienne, si un événement a eu une connotation hautement politique, c'est bien celui-là ! Or jusqu'à maintenant, on évite soigneusement de politiser l'affaire. Comme si on craignait que d'évoquer directement les événements de 1867 ravive les vieilles querelles constitutionnelles.

Même le premier ministre Justin Trudeau a préféré partir en vacances aux Bahamas avec sa famille plutôt que d'assister au lancement des célébrations sur la colline parlementaire, le soir du 31 décembre. Une absence qui en dit long, je trouve, bien que dans le cas de Trudeau, on peut se demander s'il saisit toujours la portée des événements. Rappelez-vous son intervention maladroite à la mort de Fidel Castro.

En tout cas, vu du Québec, ce 150e anniversaire aura un goût amer. Pour les souverainistes, ce sera l'occasion de rappeler toutes les fois où la nation québécoise s'est fait avoir par la fédération. Mais au-delà des allégeances politiques, bien des Québécois n'ont pas digéré que l'un des peuples fondateurs du Canada soit laissé de côté lors du rapatriement de la Constitution en 1982.

Du côté des fédéralistes, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, se disait prêt à rouvrir le débat constitutionnel à l'occasion du 150e. À moins de deux ans des élections provinciales, il semble s'être ravisé. C'est vrai qu'au sein de la population, on ne sent pas un grand appétit pour rouvrir le débat constitutionnel.

On peut penser que les conservateurs de Stephen Harper auraient profité du 150e pour réécrire l'histoire du Canada à leur façon, notamment en glorifiant son passé militaire. Les libéraux sombrent dans l'autre extrême, celui de l'insignifiance.

On perd ainsi une belle occasion de réfléchir à qui nous sommes et d'où nous venons.

Comme dans les partys de famille où on feint que tout va bien alors qu'un vieux conflit couve sous la surface, la fête risque de se terminer de bonne heure.

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