L'année du glissement

Donald Trump a rabaissé le niveau du débat... (Archives, Agence France-Presse)

Agrandir

Donald Trump a rabaissé le niveau du débat électoral à celui d'une bagarre de ruelle.

Archives, Agence France-Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CHRONIQUE / Qu'est-ce que vous retenez de 2016?

Les gens me parlent beaucoup des disparus de l'année. Et c'est vrai que la liste est longue.

Léonard Cohen, Prince, David Bowie, George Michael, la princesse Leia, morte à 60 ans à peine, suivie de sa mère, quelques jours plus tard... Et j'en passe. Comme si le bottin des artistes s'était donné le mot pour trépasser tous en même temps. Quelqu'un m'a dit, j'ignore si c'est vrai, qu'une liste de 26 noms de vedettes disparues en 2016 circulait sur Facebook.

Sur le compte Twitter de Sony, on a même annoncé la mort de Britney Spears au lendemain de Noël. Quelle pitié, mourir si jeune, à 35 ans! La nouvelle a fait le tour de la planète avant qu'on se rende compte que c'était... un canular. Merci à CNN qui a fait son travail en allant aux sources pour découvrir que la vedette de la pop se portait très bien merci.

Voyez, moi qui travaille dans le monde des médias depuis presque 20 ans, c'est ça que je retiens de l'année 2016. À quel point les gens s'informent de moins en moins dans les médias crédibles et traditionnels comme le mien, et de plus en plus sur les médias sociaux où pullulent les potins, les théories du complot et les fausses nouvelles.

Pour moi, 2016, c'est l'année du glissement.

Un glissement vers un monde où l'opinion publique ne sait plus faire la différence entre des informations crédibles et vérifiées par des journalistes et les ragots de toutes sortes qui pullulent sur les médias sociaux.

Un monde où la vérité a de moins en moins d'importance et où les populistes comme Donald Trump, Marine LePen ou Rambo Gauthier s'en donnent à coeur joie.

Alors voilà, c'est bien triste la mort de Cohen, Bowie, Michael et les autres.  

Moi, j'aimerais voir apparaître sur Facebook une liste de toutes ces petites choses qui font la santé d'une démocratie et qui sont mortes en 2016.

Avant Trump, jamais on n'avait vu un candidat à la présidentielle insulter aussi copieusement ses adversaires et menacer à répétition sa rivale d'emprisonnement. Il a rabaissé le niveau du débat électoral à celui d'une bagarre de ruelle.

Jamais on n'avait vu un candidat à la présidence menacer de ne pas respecter le résultat de l'élection s'il n'était pas donné gagnant, un propos inédit et digne d'un dirigeant de république de bananes.

Pas plus fin que les autres, je n'ai jamais vu venir la victoire de Donald Trump. J'étais certain que l'électorat allait le sanctionner pour avoir bafoué toutes les règles normales d'une démocratie. Au contraire, il a été récompensé.

Pour moi, 2016, c'est l'année où on a réalisé pleinement à quel point la population des sociétés occidentales a perdu confiance dans ses élites, dans ses institutions et dans ses moyens traditionnels d'information.

On peut se consoler en se disant que ce virus toxique n'a pas encore trop contaminé le Canada et sa capitale où on s'apprête à célébrer le 150e anniversaire de la Confédération. Une belle occasion, sans doute, de se rappeler qu'une démocratie en santé n'a pas de prix.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer