Ode au tiraillage

Jouer à la lutte, se pousser, se poursuivre,... (123RF)

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Jouer à la lutte, se pousser, se poursuivre, s'agripper ou se colletailler sont des comportements tout à fait normaux entre un père et son fils et chez les enfants entre eux, plaide Daniel Paquette, éthologue et professeur en psychoéducation à l'Université de Montréal.

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CHRONIQUE / Ma mère haïssait donc ça quand on se tiraillait, mon petit frère et moi. Faut dire que j'étais à peu près deux fois plus gros que lui malgré nos 16 mois de différence. Elle devait craindre que je lui arrache la tête!

Mais comme bien des petits gars de notre âge, on se tiraillait souvent. On exterminait des ennemis imaginaires à la carabine de plastique, on luttait l'un contre l'autre en se roulant dans le gazon. Les branches d'arbres devenaient des sabres laser, j'étais Darth Vader, il était Luke Skywalker.

C'était une époque où il était normal d'avoir plein de fusils et d'épées-jouets dans le garage. Qu'est-ce que tu veux, on ne se voyait pas combattre des hordes de Stormtroopers avec des bouquets de fleurs. C'était une manière de défoulement à une époque où les consoles et les tablettes électroniques n'existaient pas encore.

On se poursuivait, on s'agrippait, on jouait à se battre. Nos affrontements avaient parfois l'air violents. Mais ils étaient régis par des règles. Nous comprenions qu'il nous était permis d'être rudes, mais jamais avec l'intention de blesser.

Nous avions fait nôtre la célèbre citation du film La Guerre des tuques : «La guerre, la guerre, c'est pas une raison pour se faire mal...»

Oui, ça dégénérait parfois. Le plus souvent, au détriment de mon petit frère, victime d'un grand frère pas toujours conscient de sa force physique. De mon côté, j'ai vite réalisé qu'en tant que plus fort des deux, je devais le laisser gagner de temps en temps. Sinon, il allait se plaindre à ma mère et c'en était fini de nos jeux de guerre que j'aimais tant. J'avais compris que pour que ça marche, il fallait que chacun y trouve son compte dans nos batailles amicales. C'était, en soi, une leçon de vie.

À travers ces tiraillages, on a appris à faire la différence entre ce qui était du jeu... et de la violence. Nous avions compris que l'un était tolérable, l'autre non.

Aujourd'hui on vit dans un monde où on voit de la violence partout, même où il n'y en a pas.

C'est pourquoi j'ai trouvé si rafraîchissante l'intervention de ce chercheur montréalais qui propose de «tolérer» les jeux de bataille et de guerre dans les centres de la petite enfance du Québec.

Jouer à la lutte, se pousser, se poursuivre, s'agripper ou se colletailler sont des comportements tout à fait normaux entre un père et son fils et chez les enfants entre eux, plaide Daniel Paquette, éthologue et professeur en psychoéducation à l'Université de Montréal. Même les petits animaux le font!

C'est une évidence, et pourtant, on semble l'avoir oublié. Dans la plupart des garderies et dans le système scolaire, ces jeux physiques ne sont pas les bienvenus, car ils sont associés à la violence.

«Je travaille sur la violence depuis des années et on met tout là-dedans. Je suis un peu tanné de ça. Il faut démystifier la notion de violence. Quand c'est un jeu, c'est un jeu, c'est pas de la violence», a-t-il confié à une collègue du Soleil.

Je m'avance en disant cela, mais peut-être que dans les garderies et dans les écoles, on trouve plus simple d'interdire carrément les jeux de bataille que de les tolérer. C'est moins de gestion, sans doute. Mais est-ce qu'on ne perd pas une belle occasion d'enseigner quelque chose d'essentiel aux enfants ?

Surtout que d'après les observations du chercheur, les risques qu'une bataille amicale entre enfants dégénère en une vraie bataille sont infimes. Selon des études, ça arrive dans à peine 0,006 % des cas. Mieux, les jeux physiques apprennent aux enfants à réguler leurs émotions et à résoudre pacifiquement les conflits, dit-il. J'entends encore ma mère réagir quand mon frère et moi, on se tiraillait. «Les garçons, arrêtez ça. C'est laid la bataille!»

Pourtant, ce n'était pas si laid. Ces tiraillages de notre enfance ont eu un effet formateur sur notre personnalité.

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