Le Syrien qui rit tout le temps

De l'enfer de la guerre de Syrie à... (Etienne Ranger, Le Droit)

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De l'enfer de la guerre de Syrie à son arrivée à Ottawa, Imad Olaby n'a perdu ni sa vocation d'enseignant ni son sens de l'humour.

Etienne Ranger, Le Droit

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CHRONIQUE / On ne le dirait pas à le voir sourire tout le temps comme ça, mais Imad Olaby est un survivant de l'enfer.

Tapez les mots Yarmouk Camp sur Google. Vous verrez apparaître des images de destruction. Vous me direz que ces immeubles en ruines, ces centaines de gens jetés à la rue, ces enfants qui pleurent, et pire encore, ça ressemble aux images d'Alep. Vous n'êtes pas loin, Yarmouk est une banlieue de Damas, la capitale de la Syrie.

Imad Olaby, 58 ans, vient d'arriver au Canada avec sa femme et ses enfants. Un petit monsieur avec une moustache et de grands yeux bleus rieurs. Je vous l'ai dit, il rit tout le temps, il chante aussi, et il s'est même essayé à quelques petits pas de danse durant l'entrevue. Il trouve notre pays merveilleux. C'est dire, il aime la neige, et même l'hiver. Il a attendu l'autobus au grand froid pendant 29 minutes pour se rendre à notre entrevue. Mais bof, grelotter un peu, ce n'est rien quand tu as vécu au milieu des bombes et des massacres...

Ah oui, Imad est enseignant de français. Il me fait penser au Monsieur Lazhar du film de Falardeau. Un gars qui a une vocation que ni la guerre ni la souffrance ne saurait affaiblir.

Si je vous parle de lui aujourd'hui, c'est un peu pour ça. Un réfugié syrien qui se dégotte un boulot moins de trois mois après son arrivée au pays, ça mérite d'être souligné, non ? Imad enseigne le français dans les classes d'aide aux devoirs du Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario (CEPEO) à Ottawa. Il s'occupe d'une douzaine d'élèves.

Parmi eux, plusieurs enfants de réfugiés. C'est pour ça qu'il dansait et chantait durant l'entrevue. Il me faisait une démonstration de ses méthodes d'enseignement. « Pour leur apprendre l'alphabet, je leur chante une comptine. Je leur dis qu'on est des papillons et des pigeons, et on danse en rond. J'essaie de leur faire oublier leur malheur ».

Imad lui-même a dû vivre des expériences horribles en Syrie. Le peuple était opprimé, persécuté. Mais c'est tout le charme d'Imad, il a une façon bien à lui de vous raconter les choses : « Tu sais ce qui me fait le plus rire ? C'est qu'avant que la guerre commence dans mon pays, j'ai tout changé dans ma maison à Damas. Tout ! Même les murs, les porcelaines, l'électricité, le sanitaire... La grande rénovation ! J'ai dû payer au moins 5000 $ US. Après tout ça, boum ! Une bombe a détruit ma maison. » Et il rit. Et on rit avec lui tellement c'est contagieux. Même si on se dit que c'est un peu triste, finalement.

Sa femme et ses enfants se sont enfuis les premiers de Damas. Avant de fuir à son tour, Imad tenait à terminer l'année scolaire. Malgré les bombes, il a continué d'enseigner dans une école privée à des finissants de 17-18 ans. Ceux-ci avaient besoin de réussir les cours donnés par Imad pour obtenir leur diplôme. « Je ne pouvais pas les laisser tomber. J'enseignais le bac scientifique, le bac littéraire, le bac commercial, le bac technique le bac industriel et la charia... J'enseignais six matières. Si je partais, il ne restait plus grand-chose. Ç'aurait été une catastrophe pour les enfants ! »

Et il rit encore.

Il a fui Damas en taxi pour rejoindre les autres en Égypte. Ils ont vécu là-bas trois ans avant d'émigrer au Canada, il y a quelques semaines. Loin de la guerre, Imad peut enfin se détendre. Il n'en revient pas à quel point les Canadiens respectent les personnes âgées, les mamans, les handicapés. La première fois qu'il a vu un autobus à plancher surbaissé allonger sa rampe pour faire monter une personne en chaise roulante, il n'en revenait pas. « Si le globe terrestre doit se réunir en un seul pays, ça doit être le Canada », a-t-il dit.

Et il rit. Encore.

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