Les dindons de la farce

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Finies les prises de sang au Groupe de médecine familiale (GMF) de Touraine.

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CHRONIQUE / Décidément, ça va de mieux en mieux dans le système de santé en Outaouais. Déjà qu'on a des urgences bondées et qu'on souffre du manque de médecins. Voilà qu'on apprend qu'une clinique médicale fermera sous peu son centre de prélèvement sanguin.

Finies les prises de sang au Groupe de médecine familiale (GMF) de Touraine. Après 20 ans à offrir le service aux patients, on vient de conclure que ce n'est plus rentable. Et tant pis pour les dizaines de patients laissés de côté qui devront se tourner vers le privé ou allonger les files d'attente dans les hôpitaux pour obtenir leur échantillon sanguin.

Le plus triste, c'est que d'autres cliniques médicales songent à emboîter le pas. 

Comme si on avait les moyens de perdre des services de santé en Outaouais!

À qui la faute?

Les médecins du GMF de Touraine l'imputent au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et à son règlement pour abolir les frais accessoires, un irritant de longue date au Québec.

À compter du mois de janvier, le GMF de Touraine ne pourra plus facturer des frais de 35 $ par prise de sang comme il le faisait jusqu'ici. Québec fixe désormais le plafond à 15 $, afin de mettre fin à la surfacturation qui se faisait dans certaines cliniques du Québec.

Avec le maximum décrété par Québec, le GMF de Touraine ne couvre plus ses frais pour le personnel et l'espace occupé par le centre de prélèvement et devra le fermer, a expliqué le Dr Louis Demers à ma collègue Justine Mercier... tout en rejetant la faute sur la réforme Barrette.

Alors je veux bien qu'on accuse le ministre Barrette de tous les maux. À force de faire passer les médecins pour une bande de paresseux qui refusent de travailler, il récolte ce qu'il a semé!

Sauf que le ministre Barrette avait bien averti les médecins qu'ils ne seraient pas compensés pour l'abolition des frais accessoires et qu'ils devraient les assumer à même l'augmentation de salaire que Québec leur a consentie.

Que des médecins renâclent devant la ligne dure du ministre Barrette, c'est une chose.

Là où ça devient intolérable, c'est quand les patients de l'Outaouais ou d'ailleurs se retrouvent pris en otage au milieu de cette guerre entre le ministre Barrette et les fédérations de médecins.

Le patient s'en fout de savoir qui a raison.

Il retient surtout que l'abolition des frais accessoires devait mettre fin à un vieux problème au Québec, soit la surfacturation excessive des soins assurés qui menaçait le principe d'accès universel du régime public.

Au lieu de cela, il voit des centres de prélèvement qui menacent de fermer à Gatineau et des médecins montréalais qui refusent de prendre des rendez-vous en janvier pour des vasectomies, en attendant de savoir s'ils seront payés pour leur peine.

C'est comme si en voulant régler un problème, on en avait créé un autre, tout aussi embêtant.

Et le bon peuple, qui a souvent l'impression d'être oublié par les élites, a encore une fois le sentiment d'être le dindon de la farce.

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