Sérieux, un mandat de grève ?

Un chauffeur de la STO touche une rémunération... (Martin Roy, Le Droit)

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Un chauffeur de la STO touche une rémunération annuelle moyenne de 65 500$.

Martin Roy, Le Droit

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CHRONIQUE / Et voilà que les chauffeurs d'autobus de la Société de transport de l'Outaouais (STO) se donnent un mandat de grève. Et ça fait peur, même s'il n'est pas certain qu'ils mettront leur menace à exécution.

Tout le monde dans la région a encore en mémoire la grève de 51 jours des chauffeurs d'OC Transpo en 2008. Personne n'a le goût de revivre pareil cauchemar, avec ces bouchons de circulation infernaux à l'heure de pointe.

Loin de moi l'idée de remettre en question le droit de grève des chauffeurs de la STO. Mais il me semble qu'un syndicat doit avoir de très sérieuses raisons de brandir la menace d'un arrêt de travail qui paralyserait la région, en plus de prendre en otage des dizaines de milliers de travailleurs.

Or la population en sait très peu sur les enjeux de cette négociation. Encore lundi, tant le président du syndicat que la direction de la STO se montraient peu loquaces, sous prétexte de ne pas vouloir négocier sur la place publique. Et tant pis pour les contribuables qui paient les salaires de tout ce beau monde.

Me semble qu'après un vote de grève qui passe à 98 %, les contribuables devraient avoir droit à un minimum d'explications. Quoi, est-ce que les chauffeurs et les mécaniciens de la STO sont à ce point maltraités qu'ils sont justifiés de recourir à un moyen de pression aussi radical que la grève ?

J'ai jeté un coup d'oeil à leurs conditions salariales. Un chauffeur de la STO gagne 65 561 $ en moyenne. Un mécanicien couvert par le même syndicat a droit à une rémunération moyenne de 68 349 $. Pas trop mal pour des employés de qui on exige un diplôme d'études secondaires ou d'études professionnelles.

Les syndiqués de la STO ont aussi droit à toute une panoplie d'avantages sociaux : un régime de retraite, un remboursement du permis de conduire, des congés sociaux et de maladie, de même que trois semaines de vacances payées après la première année. De 2009 à 2014, ils ont touché des hausses salariales annuelles de 2,5 à 3,25 %. Encore là, ils ne sont pas à plaindre.

J'ai demandé au président du syndicat de la STO, Félix Gendron, de m'en dire plus. Pas plus avec moi qu'avec les autres médias, il n'a voulu s'étendre sur la question salariale. Il s'est limité à dire que c'était un enjeu qui avait son importance, comme dans toute négociation.

Au cours de notre conversation, il a surtout insisté sur les « droits acquis » des employés qui seraient menacés par les demandes de l'employeur. Un exemple, M. Gendron ? Il m'a parlé du principe d'ancienneté que l'employeur voudrait retirer aux chauffeurs en « réserve ».

Il m'a aussi entretenu du peu de temps dont disposent les chauffeurs de la STO entre chaque parcours. Dans leur jargon, ils appellent ça des « battements ». Aux dires de M. Gendron, la STO fait une gestion tellement serrée des temps de parcours que les chauffeurs n'auraient même plus le temps d'aller soulager un besoin naturel entre deux rondes.

Bien sûr, toutes ces questions ont leur importance. Mais au point de justifier un vote de grève ? Au point de menacer toute une population de la priver d'un système de transport en commun qui n'est peut-être pas considéré comme un service essentiel aux yeux de la loi, mais qui n'en est pas moins indispensable pour faire rouler l'économie de la région ? En tout cas, si les chauffeurs veulent s'assurer de perdre l'appui de la population, ils n'ont qu'à déclencher une grève générale sur des bases aussi peu convaincantes.

Mon sentiment, je dirais même mon espérance, c'est que ce mandat de grève est surtout un bluff pour augmenter d'un cran la pression sur l'employeur. Et que si les chauffeurs se rendent jusqu'à la grève, ce sera une grève de temps supplémentaire ou une grève de fin de semaine, rien de plus.

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