Le retour de l'élastique

En plus de l'évasion d'un détenu à l'unité... (Patrick Sanfaçon, La Presse)

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En plus de l'évasion d'un détenu à l'unité de psychiatrie légale de l'hôpital Pierre-Janet à Gatineau, un jeune homme avec de graves problèmes de santé mentale a tué deux personnes dans un élan de folie plus tôt cette semaine à Montréal.

Patrick Sanfaçon, La Presse

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CHRONIQUE / Quand une société néglige les plus vulnérables des siens, ça finit toujours par lui sauter en pleine figure.

Mettons que l'actualité de la dernière semaine donne à réfléchir sur le peu de ressources qu'on accorde aux personnes avec des problèmes de santé mentale...

Il y a d'abord eu cette spectaculaire et violente évasion de l'unité de psychiatrie légale du centre Pierre-Janet à Gatineau. L'homme, qui est toujours au large, a assommé une préposée avant de s'enfuir grâce à sa carte d'accès magnétique.

Pendant ce temps à Pointe-aux-Trembles, un colosse avec de graves problèmes de santé mentale se lançait dans une course folle, laissant deux morts dans son sillage. Sa mère voulait le faire interner, mais personne ne voulait le garder.

Vendredi à Gatineau, on apprenait que l'itinérant qui a tenté de poignarder à mort une jeune étudiante de l'école secondaire de l'Île, en mars dernier, prendra finalement le chemin de l'Institut Pinel pour y subir une évaluation psychiatrique. Est-ce que c'en est un autre qu'il aurait fallu interner ou surveiller de plus près ? Rappelons que sans la courageuse intervention d'un bon samaritain, l'adolescente qu'il a poignardée ne serait sans doute plus de ce monde.

Autant d'événements malheureux qui nous redisent le manque de ressources pour les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale en Outaouais et ailleurs au Québec. Avec toutes les conséquences tragiques et violentes que cela implique parfois.

Justement, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a annoncé cette semaine 100 millions $ à l'échelle de tout le Québec pour financer ce qu'on appelle des « ressources intermédiaires » dans le jargon de la santé.

J'ai hâte de voir combien il en restera pour les ressources en santé mentale de l'Outaouais une fois que tout le monde se sera servi dans le pot. Sans doute des pinottes. Déjà que 100 millions, ce n'est pas la mer à boire.

En plus, on a appris cette semaine que le Centre de santé de l'Outaouais « réorganisait » ses services aux personnes souffrant d'une déficience ou d'autisme sous prétexte de se conformer à des « orientations ministérielles ».

Dans les faits, on ferme quatre résidences en région pour tout centraliser à Gatineau avec tous les chambardements que cela implique pour les locataires. Déjà qu'en 2015, on a fermé une résidence de Fort-Coulonge pour déménager les locataires à Shawville. Un an plus tard, on ferme Shawille pour déménager tout le monde à Gatineau, de plus en plus loin de leurs proches et de leur patelin... Et on voudrait nous faire croire que c'est dans leur intérêt ?

Comme si ce n'était pas assez, on coupe aussi du personnel dans le cadre de cette « réorganisation ». Et on voudrait nous faire avaler que tout cela n'aura pas d'impact sur les usagers ?

J'entendais le premier ministre Philippe Couillard s'autoproclamer le « sauveur » du Québec cette semaine. Avec ses politiques de rigueur budgétaire, il a peut-être remis de l'ordre dans nos finances. Mais on est en droit, encore une fois, de se demander si ce retour à l'équilibre budgétaire ne se fait pas sur le dos des régions et des gens les plus vulnérables de notre société.

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