Ceux qui restent

Zoé n'a jamais connu son oncle, mais elle... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Zoé n'a jamais connu son oncle, mais elle en a tellement entendu parler que c'est comme si elle le connaissait depuis toujours.

Etienne Ranger, LeDroit

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CHRONIQUE/ Soudain, c'en était trop. Quand les coups de canon ont retenti pour marquer le jour du Souvenir, Zoé Ladaa n'a pu retenir ses larmes au milieu de la foule réunie vendredi devant le Cénotaphe à Ottawa.

Et pourtant, la jeune fille de 15 ans n'a jamais connu son oncle, un mercenaire québécois à la solde de l'armée croate, tué d'une balle dans la tête durant la guerre de Bosnie, en 1993.

Zoé n'a jamais connu son oncle, mais elle en a tellement entendu parler que c'est comme si elle le connaissait depuis toujours. « Parce que dans ma famille, on en parle tout le temps », raconte-t-elle.

Éric di Tomasso était, paraît-il, un solide gaillard, sympathique, extrêmement sociable, qui adorait aider les gens. « Une personne ouverte, m'a dit ma mère, qui aurait toujours été là pour moi », poursuit Zoé, une grande fille aux cheveux roux qui étudie au collège Letendre, à Laval.

À force d'en entendre parler, Zoé a développé une véritable fascination pour cet oncle, apparemment mort en héros dans la région de Mostar, alors qu'il tentait de secourir un de ses frères d'armes. 

Voilà quelques années, Zoé est partie sur les traces de son oncle lors d'un voyage familial en Italie, en Croatie et en Bosnie. L'idée était d'en savoir plus sur les circonstances entourant la mort d'Éric et d'aller se recueillir sur sa tombe.

Âgée d'à peine 11 ans à l'époque, elle a pu parler à des gens qui ont connu son oncle et voir des photos.

Le voyage fut, on le devine, très émotif pour toute la famille.

De nature aventureuse, Éric s'était enrôlé dans la Légion étrangère, les fameux képis blancs, avant de joindre l'armée croate en Bosnie à titre de mercenaire. Selon un reportage paru à l'époque, il voulait d'abord rallier les rangs des Bosniaques. Mais on l'a refusé parce qu'il était catholique et pas musulman.

Le jour de sa mort, Éric Di Tomasso avait pris la tête d'un escadron-choc. Il s'était aventuré derrière les lignes ennemies avec deux de ses hommes les plus expérimentés, quand un tireur embusqué dans un bunker a ouvert le feu sur eux avec une mitrailleuse.

« Éric a aperçu le tireur à la dernière minute. Il a sauvé la vie de son ami Eddie - un autre mercenaire - en le poussant violemment au sol juste avant d'être lui-même abattu par une rafale. Il est mort en héros », a raconté le reporter français François Dominguez à La Presse, en 1993.

Mais pour Zoé, ce n'est pas si important de savoir que son oncle est mort en héros. Elle n'aime pas la guerre. La violence ne règle rien, dit-elle. Et le fait que son copain envisage de s'enrôler dans l'armée, l'an prochain, l'inquiète beaucoup.

Les questions qui la hantent par rapport à son oncle sont d'un tout autre ordre.

« Je me suis toujours posé la question : s'il était encore vivant, est-ce que j'aurais d'autres cousins ? Est-ce que j'aurais été proche de lui ? Apparemment, il adorait les enfants. Chaque jour, je me pose la question : si je l'avais connu, est-ce qu'il aurait changé ma vie ? J'aurais adoré le connaître. »

Zoé a sorti la photo de son oncle qui ne la quitte jamais. Éric y apparaît souriant. Si jeune. « Savoir qu'une personne de ma famille est morte à la guerre en l'honneur de son pays et d'un autre pays, c'est extrêmement important pour moi », a-t-elle laissé tomber.

Elle m'a parlé des discours qu'elle a entendus devant le Monument commémoratif de guerre du Canada. Quand elle s'est mise à pleurer, quelqu'un venait de dire que les soldats qui meurent à la guerre resteront toujours vivants dans le coeur de ceux qui restent.

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