La culture, ce raffinement coûteux

Le vieux débat sur la culture contre l'asphalte... (Archives, La Tribune)

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Le vieux débat sur la culture contre l'asphalte est revenu au conseil municipal de Gatineau.

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CHRONIQUE / Au conseil municipal de Gatineau, on a eu droit mardi à un autre débat surréaliste sur le thème : faut-il investir dans la culture ou dans l'asphalte ?

Il s'en trouve plusieurs au conseil qui ne sont pas chauds à l'idée d'aider financièrement les artistes. Ce n'est pas le rôle d'une ville, estiment-ils. Même si je suis en désaccord avec eux, c'est un point de vue qui se discute dans la mesure où un budget municipal n'est pas illimité.

Seulement, comme chaque fois que ce vieux débat sur la culture contre l'asphalte revient au conseil municipal, c'est la bêtise de certains propos qui me sidère. « Je ne suis pas contre la culture, j'aime la culture. La preuve, j'écoutais un nouveau CD dans mon auto à matin », a laissé tomber le conseiller municipal Marc Carrière.

Était-ce une blague ? Si oui, alors c'est l'équivalent de la blague de mon'oncle au Réveillon. C'est un peu gênant pour tout le monde, ça réduit la culture à un banal produit commercial alors qu'elle est beaucoup plus que ça. Et ça n'apporte strictement rien de constructif au débat.

Voilà, je n'en rajoute pas.

La culture est souvent perçue comme une drôle de bibitte dans le monde municipal dès qu'on parle d'autre chose que d'une bibliothèque municipale ou d'une galerie d'art. Pour certains élus municipaux, la culture est un luxe, un raffinement coûteux qui vient après tout le reste, après les nids-de-poule, le déneigement et la collecte des vidanges.

Le conseiller Jocelyn Blondin a très bien résumé ce courant de pensée mardi en exprimant sa réticence face à la mise en place d'un programme d'aide financière aux artistes à Gatineau. 

« La responsabilité d'une ville, a dit M. Blondin, c'est de satisfaire les besoins primaires des citoyens comme la sécurité, les rues et l'eau potable. Une fois qu'on aura fait ça, on se paiera du luxe. On a de beaux restaurants qui attirent des gens à Gatineau et nous ne leur donnons pas d'aide financière. »

Voyez ? La culture est un luxe, et c'est moins payant pour une ville qu'un bon restaurant.

•••

À l'autre bout du spectre, le maire Maxime Pedneaud-Jobin vante les mérites de la présence d'artistes dans une ville en citant les travaux de Richard Florida.

Ce gourou américain de l'urbanisme s'est fait un nom - et une fortune - en affirmant que la présence d'artistes, d'immigrants et de gais provoque une émulsion créatrice qui contribue à la croissance économique d'une ville.

Il s'en est trouvé pour critiquer les travaux de Florida, pour affirmer qu'aucune étude ne prouve un lien direct entre la présence d'artistes et le développement d'une ville. Qu'au contraire, la création d'une nouvelle classe sociale « créative » peut mener à l'embourgeoisement d'un quartier au détriment des plus défavorisés.

Je vous l'accorde, on est dans les grandes théories, et tout cela est pas mal plus compliqué que d'écouter un nouveau CD dans son char. Il reste que c'est en misant sur l'éducation et la culture que la Ville de Québec a réussi à revitaliser le quartier Saint-Roch pour en faire un des endroits les plus en vogue de la Vieille Capitale.

Il n'y a pas de mal à voir si la recette est importable au centre-ville de Gatineau, en favorisant l'apparition de résidences d'artistes sur la rue Morin. Et puis, qu'est-ce qu'on risque ? Le débat de mardi portait sur des subventions annuelles de... 105 000 $. Des pinottes sur un budget de près de 578 millions. 

Le mot de la fin revient à l'ineffable conseiller Mike Duggan : « La Ville s'apprête à dépenser des dizaines de millions pour des arénas. En ce sens, un appui de 105 000 $ pour les artistes gatinois est loin d'être... un luxe. »

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