Le syndrome de la grande gueule

Le candidat républicain à la présidence des États-Unis,... (AFP)

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Le candidat républicain à la présidence des États-Unis, Donald Trump

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CHRONIQUE / Moi aussi, j'ai peur qu'il gagne.

Voilà un gars qui insulte ceux qui ne sont pas d'accord avec lui.

Qui promet de barrer la frontière aux musulmans et d'ériger un mur entre les États-Unis et le Mexique.

Qui se moque d'un journaliste handicapé et se vante d'attraper les femmes par la chatte.

Qui se targue de ne pas payer d'impôt sur le revenu, menace d'emprisonner son adversaire s'il est élu et refuse de s'engager à respecter le résultat de l'élection en cas de défaite. Et j'en passe.

Le plus ahurissant ?

Malgré ses mensonges répétés et son arrogance, Donald Trump est encore dans la course au dernier jour de cette élection présidentielle aux États-Unis. Ses admirateurs adorent quand il frappe l'establishment à grands coups de pied dans le cul...

Si j'ai peur qu'il gagne ? Tellement.

Comment un homme qui a tout brûlé derrière lui, qui s'est mis à dos les Noirs, les hispanos, les gais, les féministes, les musulmans et des ténors de son propre parti dans le but de séduire les électeurs blancs des régions rurales pourrait-il devenir le président de tous les Américains ?

C'est vrai qu'Hillary Clinton n'est pas un choix très enthousiasmant. Bien des Américains voteront pour elle en se bouchant le nez. Jusqu'à la fin, elle aura porté comme un boulet cette enquête fédérale à propos de courriels envoyés à partir d'un serveur privé. C'est dire, on en a presque oublié qu'elle pourrait devenir la première femme élue à la présidence des États-Unis. Mais elle est trop liée à l'héritage de son mari Bill pour incarner le changement comme Barack Obama a pu le faire en devenant le premier président noir de l'histoire en 2008.

•••

Gagne ou perd, Trump aura réussi à ébranler les colonnes du temple.

Le milliardaire américain a incarné une forme plus inquiétante, plus virulente que jamais du cynisme ambiant à l'endroit de la politique, des élites, des médias et des institutions démocratiques. Il a repoussé plus loin qu'on ne l'aurait jamais cru possible les limites de ce qu'il est possible de dire et de faire en campagne électorale sans compromettre ses chances de remporter la victoire finale.

Qu'il l'emporte ou non, Trump risque par ses succès inattendus de légitimer encore un peu plus la démagogie et le populisme dans un monde qui a pourtant plus que jamais besoin de réflexion, de raison et de science pour solutionner des problèmes complexes.

Le « gros bon sens » et la grande gueule de Trump représentent sans doute un bon divertissement en campagne électorale. Ça fait des débats présidentiels tout à fait passionnants, en plus de plaire à une partie de l'électorat qui en a marre du discours ampoulé des politiciens traditionnels. Sauf que ce genre de discours simpliste n'est pas à la hauteur d'enjeux infiniment compliqués comme le libre-échange, les changements climatiques ou la crise des migrants.

Gagne ou perd, le style de campagne de Trump fera sans doute école. C'est le triomphe de la grande gueule sans substance. La qualité du débat démocratique risque de s'en ressentir aux États-Unis, comme ailleurs.

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