Relents d'égout

Samedi, une femme a aperçu certains des jeunes... (Courtoisie)

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Samedi, une femme a aperçu certains des jeunes à la ferme Saunders, à Ottawa. L'un d'entre eux portait un chandail noir sur lequel il était écrit en mauve «Si tu es gai, ne m'approche pas, je vais te tuer».

Courtoisie

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CHRONIQUE / L'homophobie, une chose du passé ?

Eh bien non, comme en témoigne cette histoire ahurissante. Un groupe de jeunes hommes de l'Outaouais menacent ouvertement les gais. Ils vont jusqu'à revêtir en public des chandails menaçant de tuer le premier homosexuel assez fou pour les approcher.

Si ce n'est pas de l'incitation à la haine, si ce n'est pas de l'intimidation pure et simple, je me demande ce que c'est. Et tout ça se passe chez nous, en 2016, dans notre société prétendument si tolérante et si ouverte aux différences.

La gang de jeunes a affiché une photo d'eux sur Facebook, ils arborent des chandails noirs marqués des lettres ATG pour « Anti Gay ». Ils ont l'air d'une bande de terroristes avec leur mine patibulaire et leurs foulards noués autour du cou ou du visage.

CTV a interviewé deux des jeunes. Va savoir pourquoi, l'entrevue a l'air de se dérouler au bord d'un champ. L'un des jeunes a les mains dans les poches, il a un petit sourire baveux quand il lâche : « Genre, je déteste les gais pour vrai... » Et son copain de renchérir : « Les gais ont leur défilé, on peut bien avoir nos t-shirts... »

Le plus stupéfiant, peut-être, c'est l'ignorance crasse qui transpire de leurs propos. Oui, les gais ont leur défilé. Faut juste pas oublier que ce qui est devenu le défilé de la fierté était au départ un défilé pour revendiquer des droits de la personne. Des gens se sont battus, des gens sont morts pour mettre fin à la discrimination basée sur l'orientation sexuelle dans nos sociétés modernes.

Oser comparer un mouvement des droits humains à des chandails qui ne proposent rien d'autre que l'exclusion et la haine, c'est proprement indécent. C'est le genre de propos ordurier et dégradant qui pollue les médias sociaux. Quand la merde remonte à la surface comme ça, c'est effrayant comme ça pue.

En tout cas, c'est bien la preuve que l'homophobie, même si elle ne s'exprime plus de manière aussi crue sur la place publique, continue de dormir sous la surface. Et quand elle émerge des égouts, les autorités doivent réagir sans tarder pour éviter que les choses ne dégénèrent, croit Érik Bisson, coordonnateur de l'organisme Jeunesse Idem à Gatineau. « Ma crainte, c'est qu'on garde ça tranquille. Alors qu'il ne faut pas rester sans rien dire ni attendre que des gens soient blessés pour agir », dit-il.

La police d'Ottawa a ouvert une enquête après qu'un des jeunes ait été vu arborant un chandail haineux à une fête d'Halloween à la ferme Saunders d'Ottawa. Aucune accusation n'a été déposée jusqu'ici. En attendant, la page Facebook d'un des jeunes continuait, mercredi matin, d'afficher la photo du groupe avec leurs chandails marqués des lettres ATG.

Érik Bisson craint que de tels dérapages fassent renaître la peur. Les jeunes homosexuels osent de plus en plus afficher leur amour sur la place publique. Ils se tiennent la main, ils parlent de leur conjoint à leur entourage, ils ne vivent plus tous dans le secret et la honte. À ses yeux, ce n'est pas seulement la menace de tuer qui est une incitation à la haine. « Imagine : tu vois ces jeunes-là monter dans l'autobus avec leur t-shirt ATG. Si t'es gai, ça fait peur. »

La vérité, c'est qu'on ne tolérerait pas que des gens portent un chandail avec l'inscription ATN pour anti-Noirs. Ou ATM pour anti-musulman. Ou ATF pour anti-femmes. Ou encore ATJ pour anti-juifs. L'inscription ATG, qui propage le message qu'il y a deux classes d'humains dans notre société, est aussi intolérable. Intolérable et dangereuse.

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