Les choses qui s'évanouissent

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Sous cette photo, publiée dans LeDroit du 1er octobre 1964, on pouvait lire : « Les grosses familles comme celle de M. Daniel Carle n'existent plus aujourd'hui. Ceci est un bel exemple d'une famille québécoise. »

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CHRONIQUE / Dites-moi, vous vous appelez vraiment Jeanne-Berthe ? C'est joli. Plus personne n'appelle ses enfants ainsi. Aujourd'hui, c'est plutôt Emma, Zoé ou Alice.

Jeanne-Berthe vient d'une famille de 17 enfants. Tous élevés sur une ferme laitière de Sainte-Thérèse-de-la Gatineau par un père cultivateur et une mère qui a passé 20 ans à porter et élever des enfants les uns après les autres.

En 1964, LeDroit a fait un reportage sur la famille de Jeanne-Berthe. L'article s'intitulait : Sur la terre des ancêtres, un couple a élevé 17 enfants. Il y avait une photo des parents, Daniel et Berthe Carle, entourés de toute la marmaille, les gars d'un bord, les filles de l'autre.

C'est pour cela que Jeanne-Berthe nous a écrit. Un demi-siècle plus tard, toutes les filles Carle, les neuf, sont encore vivantes. Même qu'ils ont repris la photo de 1964 cet été, lorsqu'ils se sont rassemblés pour l'anniversaire de l'aînée, Émérance, 95 ans. C'est joli, Émérance, ça sonne comme espérance. Il y avait aussi Gervaise, Béatrice, Madeleine, Marie-Marc, Jeanne-Berthe, Albertine, Léonne et la petite dernière, Marie-Paul, âgée de 73 ans.

Émérance, 95 ans, est entourée de Gervaise, Béatrice,... (Courtoisie) - image 2.0

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Émérance, 95 ans, est entourée de Gervaise, Béatrice, Madeleine, Marie-Marc, Jeanne-Berthe, Albertine, Léonne et Marie-Paul, la plus jeune des filles, qui est âgée de 73 ans. Les deux des neuf frères encore vivants sont Gilles et Albert.

Courtoisie

Même si ça en a l'air, ceci n'est pas une chronique sur les prénoms, plutôt une chronique sur le temps qui passe et les choses qui s'évanouissent.

•••

C'était comment sur la ferme, Jeanne-Berthe ?

C'était une grande ferme installée sur une presqu'île et quand la rivière Gatineau débordait, de l'autre côté du chemin, ça devenait une île. Sa mère devait prendre un bateau pour aller traire les vaches à l'étable. Les enfants Carle allaient à l'école en haut de la côte. Quand ils revenaient dîner à la maison, le repas était toujours prêt. Le paternel s'installait au bout de la table, sa radio derrière lui. Il écoutait un feuilleton immensément populaire à l'époque : Jeunesse dorée. C'était silence total à table. « Au regard de papa, on comprenait qu'il ne fallait pas le déranger », raconte Jeanne-Berthe en riant.

La vie était dure. Mais Jeanne-Berthe se souvient avec nostalgie de cette époque des grosses familles québécoises : « Il fallait donner un coup de main à la ferme. Les plus vieux se levaient tôt, avec papa et maman, pour traire les vaches avant l'école. Moi, je me suis levée plusieurs fois à 6 h du matin pour allumer le poêle à bois de l'école avant l'arrivée des autres. »

Dites-moi, Jeanne-Berthe, depuis, le monde a changé pour le mieux ou pour le pire ?

« Pour le pire !, répond-elle sans hésiter. On a perdu cette tradition de se rassembler en famille à la maison. Quand nous étions jeunes, si un des plus vieux se mariait, il noçait à la maison. Tout le monde était invité. Les oncles, les tantes, les cousins, les cousines... Ça en faisait du monde, tellement que mon père en avait peur pour son plancher. Des gens jouaient du violon, on dansait jusqu'aux petites heures du matin. À la fin, les invités s'en retournaient avec des chevaux ou en sleigh. Le lendemain, fallait quand même se lever pour traire les vaches... »

Les « veillées » en famille se succédaient aussi sans discontinuer durant le temps des Fêtes, du réveillon jusqu'à après le jour de l'An. Avec ses frères qui revenaient des camps de bûcheron, ça dansait du soir au matin. C'était le bon temps, Jeanne-Berthe ?

« C'était l'amitié. Il n'y avait jamais de chicane. Il y avait de la boisson, mais pas comme aujourd'hui. Aujourd'hui, c'est ça qui mène, la boisson... On vivait sur une ferme, la vie était dure, mais on ne manquait jamais de rien. Papa achetait de la farine, du sucre et c'est à peu près tout. La viande, le lait, le beurre, la crème, les légumes, on avait tout ça sur notre ferme... »

Que reste-t-il de tout ça ? L'école de Jeanne-Berthe a disparu, mais la ferme existe encore, tout comme la vieille maison de son enfance, toujours bien droite malgré le temps qui passe.

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