La peur des serpents

Le chroniqueur Patrick Duquette a fait le test... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Le chroniqueur Patrick Duquette a fait le test en compagnie de la coordonnatrice des projets de recherche au laboratoire de cyberpsychologie de l'UQO, Geneviève Robillard.

Patrick Woodbury, LeDroit

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CHRONIQUE / Je sortais de la cuisine quand je l'ai vu surgir de sous le fauteuil du salon. Un gros serpent à la peau luisante s'est mis à onduler lentement vers moi.

Le souffle coupé, j'ai laissé le reptile s'approcher tout près. Il a glissé sans bruit autour de ma jambe droite, puis de ma jambe gauche. Je me suis demandé : est-ce une couleuvre ? Un boa ? Un python peut-être ?

Complètement hypnotisé, j'ai vu le serpent dodeliner de la tête, sa langue frémissante cherchant à détecter ma présence.

Si j'avais eu peur des serpents, mon coeur se serait mis à battre à tout rompre, j'aurais hurlé au meurtre, je me serais enfui en courant.

J'ai plutôt tendu la main pour caresser sa tête triangulaire... et ma main a fendu l'air à travers l'image de synthèse.

Le charme était rompu.

Le serpent, l'appartement, tout a disparu d'un coup, remplacé par des écrans tapissés de dizaines de carrés numériques.

Bienvenue dans la voûte immersive du laboratoire de cyberpsychologie de l'Université du Québec en Outaouais.

•••

C'était ma première visite dans ce laboratoire où on développe, depuis 1999, des « environnements virtuels » pour traiter toutes sortes de peurs et de troubles anxieux.

«J'ai tendu la main pour caresser sa tête... (Patrick Woodbury, LeDroit) - image 2.0

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«J'ai tendu la main pour caresser sa tête triangulaire... et ma main a fendu l'air à travers l'image de synthèse. Le charme était rompu», raconte notre chroniqueur, Patrick Duquette.

Patrick Woodbury, LeDroit

Des centaines, voire des milliers de patients sont venus ici soigner leur phobie des araignées, des hauteurs ou des foules en s'immergeant dans des univers imaginaires pour faciliter la thérapie.

Au fil des ans, le laboratoire a acquis une renommée mondiale. Il a même donné naissance à une clinique privée, In virtuo, qui traite des patients et commercialise environnements et logiciels.

Dans le cas des serpents, il s'agit d'une première expérience au laboratoire de cyberpsychologie.

Les chercheurs veulent tester une thérapie de groupe en réalité virtuelle auprès des gens qui ont une peur incontrôlable des serpents et des couleuvres.

Et quand je dis peur des serpents, je parle d'une peur élevée - pas seulement d'un sentiment de dégoût.

« On parle de gens qui vont modifier leur comportement en raison de la peur des serpents, qui vont s'empêcher d'aller au chalet, qui ne pourront pas se retenir de scruter le gazon à la recherche d'une couleuvre alors qu'ils sont sur leur patio », explique Geneviève Robillard, coordonnatrice des projets de recherche au laboratoire de cyberpsychologie.

•••

Geneviève m'a fait signe de remettre mon casque avant de télécharger un nouvel environnement virtuel. Au bout de quelques secondes, l'intérieur de la voûte est devenu un centre-ville désert et lugubre.

À l'aide de la manette, j'ai marché vers une ruelle sombre. Cette fois, il n'y avait pas un, mais plusieurs serpents. De petites couleuvres frétillantes, par terre et sur un bac à ordures. « Des gens ont peur des gros serpents, d'autres, des petits », me souffle Geneviève.

Même si les images des serpents sont assez réalistes, on distingue au premier coup d'oeil que ce ne sont pas des vrais. L'image de synthèse est assez rudimentaire, rien à voir avec les univers ultraréalistes des jeux vidéo de dernière génération.

Même imparfaites, ces images provoqueront une violente émotion chez le patient qui a réellement peur des serpents. L'aspect luisant de la peau, l'ondulation du corps, le frétillement de la queue suffisent à susciter une véritable terreur.

Certaines personnes se mettront à trembler, d'autres lâcheront des jurons, relate Geneviève qui a testé à maintes reprises l'efficacité de la thérapie virtuelle.

« Les images permettent de confronter une personne avec sa peur dans un environnement sécuritaire. Dans le cadre d'une thérapie, on va l'aider à prendre conscience de ses pensées et lui apprendre à mieux les affronter », dit-elle.

Une bonne quinzaine d'environnements virtuels ont été développés au laboratoire de cyberpsychologie de l'UQO pour traiter toutes sortes de troubles anxieux. On travaille actuellement sur un programme sur les agressions sexuelles.

Pour ce qui est des serpents, le labo est à la recherche de 8 cobayes pour sa thérapie de groupe. C'est gratuit. Mais attention, faut avoir peur pour vrai. Il y a une rencontre individuelle d'évaluation pour trier les candidats. Info : genevieve.robillard@uqo.ca.

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