Malade, pas criminel

Depuis son internement en juillet, Milos a changé... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Depuis son internement en juillet, Milos a changé trois fois d'unité.

Patrick Woodbury, LeDroit

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CHRONIQUE / Une lectrice nous écrit pour s'indigner des conditions « inacceptables » de détention de son neveu de 30 ans, bipolaire et schizophrène, à Pierre-Janet.

C'est le tribunal administratif du Québec (TAQ) qui a ordonné que le jeune - appelons-le Milos - soit interné en psychiatrie légale à Gatineau, en attendant qu'une place se libère dans un centre de réadaptation.

« En attendant, il se tourne les pouces aux côtés de dangereux criminels dans des conditions de vie inacceptables », écrit la tante, ajoutant qu'elle a honte d'un système de santé qui permet ce genre de situation.

Depuis son internement en juillet, Milos a changé trois fois d'unité. Là, il partage une unité de débordement avec cinq autres personnes. Ils dorment à l'étroit sur des civières. 

D'après les photos de la tante, ce n'est ni très digne ni très intime comme endroit. La tante fait remarquer que son neveu serait mieux traité s'il avait le cancer ou la sclérose en plaques. Pauvre lui, il a une maladie mentale. 

•••

Maintenant, comment Milos, diplômé universitaire, titulaire d'un bon emploi au fédéral, s'est-il retrouvé interné à Pierre-Janet ? Si on se fie au jugement du TAQ, c'est qu'il représentait une menace pour la communauté en raison de son état mental. Mais encore ? Il faisait quoi ? Il criait ? Il attaquait les gens ?

Je n'ai pas trouvé de réponse à cette question dans la décision de la TAQ. Le tribunal m'en a fourni une version caviardée en invoquant des raisons de confidentialité. Cette version incomplète ne fait pas mention du fait que le procureur et l'avocat de Milos s'opposaient tous deux à l'internement du jeune homme. Le tribunal aurait aussi jugé insuffisant le suivi psychosocial de Milos. Mais selon la famille, c'est la faute du travailleur social qui manquait un rendez-vous sur deux.

Toujours d'après la famille, le tribunal aurait été influencé par le témoignage de voisins qui déposaient plainte après plainte contre Milos pour... du bruit.

« Les voisins nous ont dit à maintes reprises comment c'était souffrant pour eux de vivre à côté de mon neveu, dit la tante. Que c'était l'enfer. Je ne pense pas que ces personnes réalisent que le véritable enfer, c'est mon neveu qui le vit. Ils n'ont pas compris que mon neveu n'est pas un criminel dangereux, mais un jeune souffrant d'une maladie, au même titre que n'importe quelle autre maladie. »

Comment se fait-il, s'interroge un proche de Milos, qu'on puisse l'emprisonner parce qu'il fait trop de bruit ?

•••

Alors oui, j'ai deux versions biaisées de l'histoire.

La version de la famille en faveur de Milos. Et la version du système de justice qui refuse de justifier publiquement sa décision d'emprisonner un homme sous prétexte de respecter la confidentialité.

J'en retiens quand même le cri du coeur de la famille. Ses proches en conviennent, Milos n'est pas un enfant de choeur. Il est désorganisé, il dérange. Il consomme de la drogue, ce qu'il devrait éviter. Le plus grand drame à leurs yeux, c'est de voir notre société traiter Milos comme un criminel, un paria, un damné.

Alors qu'il est malade.

La tante a bien insisté: ce n'est pas le personnel dévoué de Pierre-Janet qui est en cause. C'est le manque de compassion et de compréhension vis-à-vis de la santé mentale. C'est la bureaucratie. Et la honte qui empêche une discussion franche et ouverte sur le sujet. 

« Commençons une discussion à l'échelle nationale pour dire à tous que ceux qui souffrent de ces maladies ont le droit d'être traités avec dignité. Ils ne devraient pas être délaissés et entreposés dans des oubliettes délabrées ou encore abandonnés sur un trottoir quelconque à mendier », dit-elle.

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