Somnambulisme meurtrier

Après les funérailles il y a eu un... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Après les funérailles il y a eu un envol de colombes.

Patrick Woodbury, LeDroit

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CHRONIQUE / Avouons-le. On a tous déjà conduit notre voiture en cognant solidement des clous. En bâillant à se décrocher la mâchoire aux 10 secondes.

Des fois on est tellement fatigués qu'on conduit comme un somnambule. On a beau avoir les yeux ouverts, on réalise soudainement qu'on n'a pas le moindre souvenir des derniers kilomètres parcourus.

Alors on sait bien qu'on est trop fatigué pour conduire. Que par mesure de prudence, on ferait mieux de se garer sur le bord de la route pour roupiller un petit 15 minutes avant de repartir.

Mais la plupart du temps, on ne le fait pas. Peut-être parce que contrairement à l'alcool et au cellulaire, il n'y a pas d'amendes pour punir la fatigue au volant. On continue de conduire en résistant au sommeil. Parce qu'on est pressé d'arriver, parce qu'au bout de la route, quelqu'un nous attend.

Et de temps à autre, il arrive ce qui est arrivé sur l'autoroute 50, le 17 septembre dernier, à la hauteur de Grenville.

Bang.

On s'endort pour ne plus jamais se réveiller.

•••

J'étais dans une église de Gatineau pleine à craquer vendredi pour les funérailles d'une belle jeune fille blonde de 21 ans. Élisabeth Brosda était promise à une fructueuse carrière en équitation et visait rien de moins qu'une participation aux Jeux olympiques de 2024.

La jeune cavalière se rendait d'ailleurs à une compétition équestre en compagnie de son amoureux Émanuel Thérien quand la violente collision a brutalement mis fin à ses jours.

Tout indique qu'Elsa Loiseau, une Gatinoise de 26 ans qui arrivait de Québec en sens inverse, s'est endormie au volant. Son véhicule a changé de voie pour emboutir de plein fouet la voiture d'Élisabeth et Émanuel.

Les deux conductrices, Elsa et Élisabeth, sont mortes. Par miracle, Émanuel s'en est sorti sans une seule égratignure. 

Mais ça ne veut pas dire qu'il en est sorti indemne. Il a seulement des flashs de l'accident. Après l'impact, il voit Élisabeth à ses côtés. Et il voudrait tant l'aider...

Après les funérailles, il y a eu un envol de colombes. C'était beau. Mais triste, si triste.

Les médias avaient été invités aux funérailles, afin d'attirer l'attention du public sur l'« énorme danger de conduire fatigué ».

La meilleure amie d'Élisabeth, Marilou Éthier, est venue parler aux journalistes.

Dites-nous, Mme Éthier, qu'est-ce que ça vous fait de savoir que la fatigue au volant semble être en cause dans cet accident ? « Et bien je vous dirais que c'est plus facile à accepter que si c'était de l'alcool ou du textage au volant. Ce n'était pas délibéré. »

Vous en voulez à l'autre conductrice ?

« Non. Moi-même j'ai déjà pris le volant en étant fatiguée, en me disant que j'allais résister au sommeil. Dans sa famille, ils doivent vivre la même peine que nous aujourd'hui. »

Puis Émanuel s'est approché.

Pendant la messe, il a raconté sa première rencontre avec Élisabeth. C'était dans un cours de français, il avait de la misère à ouvrir son étui à crayon parce qu'il avait la main dans le plâtre. Sa voisine de bureau lui avait lancé un sourire espiègle: 'T'as-tu de la misère ?' Émanuel avait souri à son tour, il avait sorti l'autre main de sous le bureau. L'autre main qui était aussi plâtrée...

Ça faisait trois ans qu'il sortait avec Élisabeth.

Et toi, Émanuel, qu'est-ce que tu as à dire sur la fatigue au volant ?

Il a dit l'évidence, mon vieux.

De ne pas prendre la route quand on n'est pas à 100 % de notre capacité.

Puis il a pleuré. Il a dit qu'il s'ennuyait de sa princesse.

Ça aussi, ce devrait être une réponse à notre question.

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