Moment de grâce littéraire

CHRONIQUE / Lyette Potvin, 67 ans, m'a expliqué qu'elle travaille sur son livre... (123RF)

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CHRONIQUE / Lyette Potvin, 67 ans, m'a expliqué qu'elle travaille sur son livre depuis sept ans. Comme son entourage sait qu'elle écrit un livre, il s'en trouve toujours un pour s'étonner : quoi, tu l'as pas fini encore ?

Mais non, elle ne l'a pas fini encore.

Huit ans déjà qu'elle est membre de l'Association des auteurs de l'Outaouais. Et elle n'a toujours pas terminé le récit de sa vie qu'elle rédige à la main, sur des feuilles volantes, comme dans le temps de Balzac. « Les ordinateurs, c'est pas moi ça ! », tranche-t-elle.

Elle a choisi la couverture. Un titre aussi, ça va s'appeler L'Envol. C'est l'histoire de sa vie, une vie qu'elle a passée à s'occuper de ses proches, en travaillant dans le public. « J'étais représentante Tupperware », me glisse-t-elle. 

Mais voilà, quand tu as entrepris de raconter le récit de ta vie, et que ta vie continue, c'est dur de mettre la touche finale à l'ouvrage. « Il arrive plein de choses qui interrompent mon travail », se plaint-elle.

Moi, j'ai plutôt l'impression que Lyette n'est pas pressée d'achever son livre. Parce que ça lui donne un objectif, parce qu'elle aime bien quand les gens s'informent de son projet. Avouez Lyette, il y a un peu de ça, non ?

Elle a ri. Elle a dit que je lui faisais penser à son père de 96 ans qui fait de l'Alzheimer, et qui a toujours aimé taquiner les gens. Mais c'est vrai, dit-elle, écrire est une thérapie qui lui permet de passer à travers les moments plus pénibles de l'existence. « Par contre, terminer le livre, ça fait aussi partie de la thérapie ! »

•••

Pourquoi je vous parle de Lyette ?

Parce que des gens comme elle, qui ont des projets d'écriture et qui ne les mènent pas à terme pour toutes sortes de raisons, il y en a des tas. 

En fait, je passe par Lyette pour vos parler d'un événement qui aura lieu samedi sur la rue Eddy à Gatineau. L'activité s'appelle les Donneurs de mots. L'idée, c'est justement de mettre en contact des auteurs professionnels et des amoureux de l'écriture qui ignorent comment mener à bien leur ambition d'être publié un jour.

Une vingtaine d'auteurs professionnels ont accepté de participer. Le grand public est invité à venir les rencontrer, sans cérémonie, pour leur poser des questions. Que ce soit sur la manière de présenter un manuscrit à un éditeur ou sur le nombre de mots idéal dans un livre pour enfants.

Mieux, les écrivains se feront un plaisir d'aider le public à terminer la rédaction d'un chapitre, à composer un poème ou un slam, voire une simple carte de souhaits.

« L'idée, c'est d'amener l'écriture dans la ville », raconte Monique Pellerin, instigatrice du projet à Gatineau.

Importé de Joliette, le concept des Donneurs n'a rien à voir avec un salon du livre. Le but n'est pas de vendre des bouquins. Au contraire, les auteurs rencontrent les gens dans des commerces sans rapport avec l'écriture. Sur la rue Eddy, des restaurants, un fleuriste et même le comptoir de la Saint-Vincent-de-Paul ont répondu à l'appel. 

Monique Pellerin a découvert les Donneurs par hasard lors d'une visite à Joliette. Pendant 15 minutes, elle avait eu pour elle seule l'écrivain Bruno Roy. « J'étais arrivée avec une idée de poème. On l'a écrit ensemble, à quatre mains. Il m'aidait à composer, à choisir les rimes. Un moment de grâce ! Après ma retraite, en 2014, je me suis fixé comme objectif d'importer l'événement à Gatineau. »

C'est chose faite.

Parmi les auteurs participants, on compte notamment la slameuse Annie St-Jean, l'auteure franco-ontarienne Lysette Brochu, le poète Guy Jean et l'auteur jeunesse Michel Lavoie.

Quant à Lyette Potvin, elle ne manquera ça pour rien au monde.

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