Ville de catastrophes

L'ouragan Matthew a décimé la région de Jérémie,... (AFP)

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L'ouragan Matthew a décimé la région de Jérémie, dans le sud d'Haïti. 80 % des bâtiments ont été rasés...

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CHRONIQUE / Vous avez sans doute vu les images de dévastation et de mort qui émanent d'Haïti ces derniers jours.

L'ouragan Matthew a décimé Jérémie et ses banlieues dans le sud du pays. Vendredi, le bilan ne cessait de s'alourdir et atteignait plusieurs centaines de morts. Les vents ont rasé 80 % des bâtiments...

Comme bien d'autres membres de la diaspora haïtienne d'Ottawa-Gatineau, Eddy Cavé est sans nouvelles de ses proches depuis que l'ouragan a frappé son coin de pays natal. Aujourd'hui âgé de 75 ans, M. Cavé est né et a grandi à Jérémie avant d'émigrer au Canada, en 1970, pour mener une carrière de traducteur à la Banque du Canada.

Comme bien d'autres membres de la diaspora haïtienne... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit) - image 2.0

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Comme bien d'autres membres de la diaspora haïtienne d'Ottawa-Gatineau, Eddy Cavé est sans nouvelles de ses proches depuis que l'ouragan a frappé son coin de pays natal.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

Sa soeur pharmacienne est à Jérémie, de même que des cousins et cousines. « En raison du blackout, je n'ai aucune nouvelle. Rien ! Je ne sais pas si ma soeur est vivante ou si sa maison est intacte », raconte avec angoisse l'homme de 75 ans.

M. Cavé est demeuré profondément attaché à son patelin natal. Il a écrit plusieurs bouquins et articles sur Jérémie. La ville est dotée d'un port de mer qui a connu son heure de gloire avant la débâcle du régime de « Bébé Doc » Duvalier.

Un jour, M. Cavé a proposé un article qui s'intitulait « Jérémie, ville des catastrophes ». Son papier n'a jamais été publié. L'éditeur trouvait le traitement du sujet trop... déprimant. « Moi, j'aurais plutôt dit réaliste », corrige M. Cavé.

Jérémie a été épargné par le puissant séisme qui a dévasté la capitale Port-au-Prince en 2010. Mais elle a aussi vécu son lot de cataclysmes.

Eddy Cavé raconte qu'il était sur les bancs de son école secondaire quand l'ouragan Hazel a frappé Haïti en... 1954. Un demi-siècle plus tard, les images terrifiantes de l'ouragan le hantent encore. On avait dénombré plus d'un millier de morts.

« Après le passage de Hazel, mon père m'avait dit : "Tu vas voir, mon fils, dans les prochains jours, il y aura surabondance de produits alimentaires. Le vent a retiré les fruits des arbres. Mais les récoltes ont disparu. Profites-en. Dans six mois, tu ne pourras plus manger de mangues et d'avocats." »

Selon lui, c'est ce qui attend les survivants de Matthew. La disette, en plus des inondations et de la sécheresse. On évoque même le retour du choléra. Il faudra encore une fois compter sur l'aide internationale, regrette-t-il.

Dites-moi, ça a l'air de quoi, Jérémie ?

« Jérémie, c'est la ville des poètes, poursuit-il. Il s'y trouve une tradition de poésie qui remonte à la fin du XVIIIe siècle. Un de nos poètes, Etzer Vilaire, a été intronisé à l'Académie de la langue française. Encore aujourd'hui, on initie les enfants à la poésie. Il y a un festival qui se déroule en octobre. On voit des jeunes interpréter Le Cid de Corneille en plein centre-ville. C'est magnifique. Quoique je doute que le festival ait lieu cette année », ajoute-t-il tristement.

•••

Une jeune professionnelle d'Ottawa, Kadé Rémy, a eu des nouvelles de ses proches. La famille de son mari est saine et sauve à Les Cayes, là où l'ouragan a frappé en premier. « Il n'y a pas de mortalité. Mais la maison où notre famille habitait est à terre. C'est triste pour mon arrière -arrière-tante centenaire qui est toujours là-bas. Elle est née et a grandi dans cette maison. »

Mme Rémy a organisé une activité pour venir en aide aux sinistrés. Une dizaine de jeunes entrepreneurs haïtiens ont convenu de verser un pourcentage de leurs ventes à un fonds d'aide. Le tout sera couronné d'un « happening culturel » lundi prochain, à 16 h, au bar Le Forum de Gatineau.

Le public est bienvenu.

« Nous célébrerons l'Action de grâce à la manière de Haïti. Non, il n'y a pas de dinde, précise-t-elle en riant. On rend simplement grâce à Dieu et à notre famille. »

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