Vieillir fait peur

Après trois jours de mésaventures, Jeannine Roy (en arrière-plan)... (Martin Roy, LeDroit)

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Après trois jours de mésaventures, Jeannine Roy (en arrière-plan) a obtenu son congé de l'hôpital. Sans diagnostic précis, sans conseil et sans prescription, déplore sa fille Suzanne Roy-Demers.

Martin Roy, LeDroit

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CHRONIQUE / Jeannine Roy, 84 ans, a eu maille à partir avec le système de santé de l'Outaouais. C'est sa fille qui nous écrit pour s'en plaindre. Elle a intitulé son texte sur les mésaventures de sa mère : le combat continuel des personnes âgées.

Mme Roy a été hospitalisée dernièrement à l'hôpital de Gatineau. Difficultés respiratoires, pression fluctuante... Elle n'allait pas bien. On l'a gardée trois jours sur une civière, en la nourrissant au soluté, le temps de mettre le doigt sur le bobo.

Après trois jours, après avoir vu trois médecins différents et passé toute une batterie d'examens, Mme Roy a obtenu son congé de l'hôpital. Sans diagnostic précis, sans conseil, sans prescription, avec seulement des pompes pour ses poumons, déplore sa fille Suzanne Roy-Demers.

Non, sa mère n'a pas gardé un souvenir impérissable de son séjour à l'hôpital. « Un moment donné, raconte Jeannine Roy, les médecins ignoraient s'ils devaient m'opérer. Ils sont venus me voir avant de repartir au poste discuter de mon cas. Je me suis dit : ils vont revenir me parler. Mais non, ils ont fichu le camp. Tu te sens comme du bétail... »

•••

Si au moins Mme Roy s'était sentie mieux après son hospitalisation. Même pas. Peu de temps après, comme elle n'allait toujours pas bien, elle s'est rendue à l'hôpital Montfort.

Et là, la différence.

« À Montfort le service est incroyable, raconte Jeannine Roy. Là-bas, quand ils t'entreprennent, ils ne te lâchent pas. C'est un hôpital moderne où on sent que le patient passe avant tout. On ne peut s'empêcher de faire la comparaison entre le Québec et l'Ontario... »

« D'un bord, tu te fais brasser, de l'autre, tu as droit à un service impeccable », complète sa fille Suzanne.

À Montfort, ils ont recommandé à Jeannine de consulter un cardiologue au Québec. Sauf que...

« Les médecins du Québec, eux, refusent de consulter le rapport des médecins de l'hôpital Montfort et rejettent d'emblée le diagnostic posé, déplore Suzanne. Ils refusent même de remplir une réquisition pour un rendez-vous avec un cardiologue ! »

Jeannine s'est plutôt fait prescrire de nouveaux examens, dont un pour le coeur. La veille de cet examen, une infirmière de l'hôpital de Gatineau téléphone à Mme Roy pour l'informer que son rendez-vous est annulé. La réquisition du médecin pour exécuter les tests est... introuvable.

Découragement, vous dites ?

« Ma mère, qui ne baisse jamais les bras, a dit : je laisse tomber, raconte Suzanne. Est-ce que je peux vous dire que l'idée de vieillir me fait énormément peur ? Si de nos jours, on traite les personnes âgées de cette façon, qu'est-ce que ce sera quand notre tour arrivera ? »

•••

Ce n'est pas normal qu'une dame de 84 ans ressorte de trois jours d'hospitalisation sans être rassurée davantage sur son état de santé. Pas normal non plus qu'elle ait le goût de tout abandonner pour des niaiseries administratives comme la perte d'une réquisition.

D'accord, on n'est pas ici dans une histoire d'horreur à la De Sale Gauthier, mort dans des circonstances tragiques à l'urgence. L'histoire de Mme Roy, c'est le combat de milliers de gens ordinaires, pas juste des personnes âgées, pour obtenir des soins de santé décents en Outaouais.

Quand on n'y arrive pas, la tentation est forte d'aller du côté de l'Ontario. Alors qu'on devrait peut-être se plaindre davantage. À force de se contenter du minimum, les patients québécois oublient qu'ils ont le droit d'être bien soignés. Il y a même un commissaire local aux plaintes en Outaouais, Louis-Philippe Mayrand. « Il y a un impact direct à porter plainte. Si on n'en entend pas parler, on ne peut pas régler la chose », rappelait le commissaire Mayrand la semaine dernière.

Alors, plaignez-vous. Avant d'être trop découragé pour le faire.

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