Ah, belle jeunesse

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L'actrice Emma Watson compte parmi celles qui ont pris la parole devant des centaines de jeunes de tous les pays au centre des congrès d'Ottawa.

Patrick Woodbury, LeDroit

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CHRONIQUE / Confidence: les grands sommets, même les sommets qui rassemblent la belle jeunesse du monde entier comme ces jours-ci le One Young World à Ottawa, ont le don de me rendre grincheux.

Je n'en ai pas tellement contre les sommets eux-mêmes que contre les phrases creuses et le pelletage de nuage qu'on y entend trop souvent. Mais l'idée derrière ce One Young World, c'est justement de ne pas en rester aux belles paroles et de passer à l'action.

Je ronchonne peut-être parce que je vieillis. Je ne connaissais que les plus vieilles têtes d'affiche du sommet: Kofi Annan, le chanteur Bob Geldof qui jouait dans le film de Pink Floyd, l'actrice Cher. Mais qui est cette Emma Watson? Ne le dites pas à mes jeunes collègues, mais j'ignorais qui est Emma Watson. Une actrice? J'ai googlé son nom. Oui, une actrice de 26 ans. Elle a joué dans les films de Harry Potter...

***

Dans une grande salle du centre des congrès d'Ottawa, des centaines de jeunes de tous les pays étaient assis devant une estrade où des experts mondiaux discouraient. Le thème de la matinée: comment les jeunes peuvent-ils combattre l'extrémisme et la guerre?

Kofi Annan comptait aussi parmi les intervenants du... (Patrick Woodbury, LeDroit) - image 2.0

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Kofi Annan comptait aussi parmi les intervenants du sommet.

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Un vieux correspondant de la BBC disait que les jeunes lui semblaient plus interconnectés que jamais. Et que c'est ainsi qu'on allait vaincre l'extrémisme: en se tenant les coudes serrés devant les discours radicaux. «Je vous vois comme mes frères et mes soeurs, a-t-il dit à l'audience, même si je dois avoir 50 ans de plus que la plupart d'entre vous...»

Puis il y a ce grand type maigre, Jasminko Halilovic, dont l'enfance a été marquée par la guerre en Bosnie-Herzégovine. Il a eu l'idée de recueillir des témoignages de survivants de Sarajevo. Son projet est devenu un immense exutoire collectif. Il a récolté plus de 1000 histoires et 3000 artefacts de guerre. Le tout a pris la forme d'un best-seller et bientôt d'un musée.

La guerre peut laisser une marque très différente selon qu'on a été bourreau ou victime, dit Jasminko. Mais se parler, mettre nos expériences en commun, peut accomplir des miracles. Et aider un monde déchiré à passer à autre chose.

***

Pendant la période de questions, une jeune fille au regard aussi flamboyant que son foulard s'est approchée du micro. Marcela Garcia, 24 ans, a fait des études en journalisme à Bogota, en Colombie, un pays déchiré depuis 52 ans par une meurtrière guerre civile.

«Je n'ai rien connu d'autre qu'un pays en guerre», a commencé Marcela en débitant les mots à toute vitesse comme si elle devait finir avant qu'il ne soit trop tard.

«Mais cette semaine, après 50 ans de combats, de meurtres, de viols, de kidnappings, mon gouvernement a signé un traité de paix avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie.»

«Le problème, c'est que la moitié de la population n'est pas d'accord avec le traité. Ils ne veulent pas de réconciliation avec ces soi-disant terroristes qui ont tué, pillé et violé.»

«Alors ma question à vous tous, c'est: comment nous, les jeunes, on peut changer les mentalités et convaincre les autres, spécialement les plus vieux qui ont fait les frais de cette horrible guerre, qu'un changement est possible? À moi qui n'ai pas vécu la guerre comme eux ont pu la vivre, il semble qu'un traité de paix, même imparfait, vaut mieux que les balles...»

Le grand maigre de l'ex-Yougoslavie lui a répondu. «On est passé par un traité de paix nous aussi, il y a 10 ans. Mon message à tes jeunes amis et toi, c'est simple: n'attendez pas après le gouvernement. Travaille autour de toi. Commence par éduquer ta famille, tes amis... It's up to you, people

Alors je n'ai pas regretté d'y être allé. Dans leur bouche à eux, ces mots ne sonnaient pas creux du tout. C'est de leur avenir, de leur monde qu'ils discutent. Un monde où il semble même y avoir de la place pour les vieux grincheux...

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