L'examen de la prostate

Ce n'est pas un hasard si le premier... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Ce n'est pas un hasard si le premier ministre Couillard a choisi la statistique qui minimisait la place de l'anglais dans la formation.

Patrick Woodbury, LeDroit

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CHRONIQUE / Les libéraux n'auraient jamais osé offrir un programme de formation médicale avec des cours en anglais à des régions comme le Saguenay ou la Mauricie. Mais en Outaouais, ils ne se gênent pas !

On manque tellement de médecins dans la région qu'on est comme des toxicomanes en attente de leur prochain fix. « Donne-moi ce que t'as, man, je peux plus attendre, il me faut ma dose ! »

Les libéraux ont dû se dire que les gens de l'Outaouais étaient habitués d'entendre parler anglais. Après tout, ça fait des années qu'ils vont se faire soigner dans les hôpitaux ontariens et dans les cliniques Appletree !

Le premier ministre Philippe Couillard a insisté sur le fait que 92 % de la formation médicale se donnera en français en Outaouais. Alors, de quoi se plaint-on ? Il fait le pari qu'on ne va pas chialer sur le 8 % de cours en anglais sous prétexte que nos futurs médecins ne seront formés par nulle autre que l'Université McGill, l'une des plus prestigieuses écoles de médecine au Canada.

Mais les statistiques sont parfois comme la vaseline durant l'examen de la prostate. Ça sert à mieux vous enfoncer quelque chose.

Ce n'est pas un hasard si, parmi toutes les statistiques, les libéraux ont choisi celle qui minimisait l'importance des cours en anglais dans la future faculté de médecine. Ils ont fait le calcul sur les six années de formation pour obtenir le plus petit chiffre possible : 8 %.

La réalité, c'est que presque 50 % des cours se donneront en anglais durant la première année et demie. Mais avouez que 50 % de cours en anglais, c'est plus difficile à vendre.

•••

Je vais vous soumettre une autre statistique : 100 %.

Oui, 100 % des cours de la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke se donnent en français.

C'est la même chose à la faculté de médecine satellite de Saguenay qui relève également de l'Université de Sherbrooke.

C'est normal qu'une université francophone, dans un Québec francophone, offre 100 % de ses cours en français. Mais encore une fois, l'Outaouais vit une situation particulière en étant affilié à McGill.

Vous savez pourquoi l'Outaouais a été jumelé à une université anglophone contrairement à d'autres régions du Québec?

Parce qu'un certain Philippe Couillard en a décidé ainsi alors qu'il était ministre de la Santé. Sa décision aurait mérité un bon débat public en raison des enjeux linguistiques qu'elle soulevait. Mais elle est complètement passée sous le radar en Outaouais.

Alors la population s'est retrouvée devant le fait accompli durant la campagne électorale de 2014 quand le projet de faculté de médecine s'est retrouvé sous les feux de la rampe. C'est seulement à ce moment-là que la question des cours en anglais a émergé sur la place publique. Et encore, c'est LeDroit qui a soulevé la question, pas les différents candidats aux élections !

Puisqu'on parle de Philippe Couillard, c'est lui qui insistait, durant les derniers jours de la campagne de 2014, sur le « droit » des étudiants de la future faculté de médecine de l'Outaouais à recevoir leur formation « complètement en français » s'ils le désirent.

À mon collègue Mathieu Bélanger, il affirmait même que McGill était en mesure d'offrir une formation 100 % en français... dès 2016.

Que reste-t-il de ces belles paroles ? On parle maintenant d'une faculté pour 2020. Quatre ans, ce n'est pas assez pour franciser les cours ?

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a raison de dire qu'on est « un peu spéciaux » en Outaouais. On avale n'importe quoi sans rechigner.

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