En jasant chez Hursty's

Les agriculteurs Chris Judd et Denis Dubeau.... (Patrick Duquette, LeDroit)

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Les agriculteurs Chris Judd et Denis Dubeau.

Patrick Duquette, LeDroit

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CHRONIQUE / En entrant chez Hursty's à Shawville, je me suis senti comme dans ces westerns où le cowboy ouvre la porte du saloon, dans un bled perdu de l'Arizona.

Un tas de regards se sont levés vers moi... avant de replonger dans leurs assiettes d'oeufs au bacon. Ils ont dû remarquer que je n'étais pas un gars de la place.

J'ai accroché une serveuse qui filait entre les tables, des plats plein les bras. «Sorry m'am, I'm looking for Chris Judd...» Elle a pointé un monsieur attablé à la table du fond avec un t-shirt jaune portant l'inscription : Ask a farmer. Ça tombait bien, j'avais des questions pour lui.

À 68 ans, Chris Judd est une icône de l'agriculture du Pontiac. Ce producteur laitier de Shawville a siégé à presque toutes les instances de la région qui touchent de près ou de loin à l'agriculture, de la Quebec Farmer's Association à l'Union des producteurs agricoles (UPA). Il était assis avec Denis Dubeau, actuel président de l'UPA du Pontiac. Les deux me regardaient, l'air de dire : qu'est-ce que tu veux au juste ?

« Voilà, ai-je expliqué. Je fais une série sur le Pontiac. Que sait-on de Shawville ? Qu'il y a un hôpital pas trop engorgé et des Anglos allergiques à la loi 101. Il y a sûrement autre chose à dire... »

Ils ont ri.

•••

On a jasé d'agriculture devenue, mine de rien, le principal secteur d'activité économique du Pontiac depuis l'effondrement de l'industrie forestière. « C'est comme si on vient juste de réaliser l'importance de l'agriculture alors qu'elle est stable et bien implantée depuis 150 ans », dit Judd.

Quand il a commencé en 1970, il y avait plus d'un millier de fermes dans la région. Aujourd'hui, le Pontiac compte environ 250 entreprises agricoles, en majorité des producteurs de boeuf et de lait. Comme ailleurs, les fermes du Pontiac n'ont pas le choix de grossir pour survivre dans le marché mondial. Mais elles génèrent de moins en moins de profits. « Faut pas trop regarder l'argent qu'on fait, sinon on lâcherait », dit Dubeau.

« Quand j'ai commencé à traire, raconte Judd, j'avais 19 vaches. Or la ferme laitière que j'ai vendue à mon fils est la plus grosse du Pontiac avec 160 vaches. Et c'est rien. Aux États-Unis, ils ont des fermes de 400 vaches. De véritables usines ! »

Vous l'aurez compris, les fermiers sont maintenant les pions d'une gigantesque partie d'échecs qui se joue au niveau mondial. Pendant qu'ils traient leurs vaches, leur avenir se joue dans les hautes sphères du pouvoir international. « Et les fermiers sont inquiets », dit Judd.

Le Partenariat transpacifique, entre autres, pourrait changer la donne. Si le libre-échange entre l'Amérique et l'Asie profiteraient aux producteurs de boeuf, il fait craindre le pire aux producteurs de lait. « On ne veut pas que les Américains viennent dumper leur surplus de lait chez nous », résume Denis Dubeau.

Tout n'est pas noir. Les récentes discussions des premiers ministres pour faciliter le commerce entre les provinces canadiennes suscitent une lueur d'espoir. Un assouplissement des règles favoriserait la réalisation d'un abattoir régional à Shawville, un projet dans les cartons depuis des années.

•••

Et le métier de fermier, c'est bien ?

« Tu ne vivras jamais riche, mais tu ne mourras jamais de faim », dit Denis Dubeau.

Judd, lui, a la nostalgie d'une époque. « Les gens ne savent plus ce qui se passe sur une ferme. Il y a 30 ans, tout le monde avait un parent, un ami, qui travaillait sur une terre. Plus maintenant. Les gens n'ont plus conscience de la provenance de la nourriture. Une partie de la culture est en train de se perdre à tout jamais. »

Pourtant, ai-je dit, il y a un regain d'intérêt pour la culture agricole. Tout ce mouvement pour l'agriculture urbaine, pour l'élevage d'abeilles et de poules en ville...

Denis Dubeau a lâché un petit rire. « D'accord, mais tu ne peux pas élever des cochons en ville... »

Bon point.

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