Le bout du monde

Jim Gibson, maire de Rapides-des-Joachims,  village d'à peine... (Patrick Duquette, LeDroit)

Agrandir

Jim Gibson, maire de Rapides-des-Joachims,  village d'à peine 150 habitants situé à l'extrême ouest du Pontiac.

Patrick Duquette, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CHRONIQUE / Quelqu'un m'avait prévenu qu'il n'y a pas grand-chose à Rapides-des-Joachims. Que c'était le bout du monde. Le bout du monde, vraiment ? C'est ce qui m'a décidé à y aller. J'ai toujours rêvé de contempler le bout du monde.

Alors tel un Christophe Colomb prenant la mer sans savoir s'il va découvrir l'Amérique ou sombrer dans un abysse, j'ai pris le volant pour rouler les 230 kilomètres qui séparent Gatineau de Rapides-des-Joachims, la porte de sortie du Pontiac.

Moi qui déteste faire de la route...

Il faut rouler une heure en Ontario pour se rendre au village qui n'est relié par aucune route du Québec. J'ai traversé Pembroke, la base militaire de Petawawa, Chalk River, puis Deep River et sa centrale nucléaire. À Rolphton, un panneau indiquait : Québec, à droite.

On accède au village de 155 habitants par un pont de métal si étroit qu'il ne laisse passer qu'une voiture à la fois. Coup de chance, l'heure de pointe était passée.

Le premier bâtiment à gauche, en entrant dans le village, c'est l'auberge, propriété du maire de la place. À droite, c'est la rivière des Outaouais surplombée par des crêtes escarpées. Des aigles nichent dans les hauteurs. On les voit parfois plonger à toute vitesse vers l'eau en quête d'une proie. 

Dans l'auberge, deux hommes parlaient dans l'escalier. Le maire Jim Gibson, un blond septuagénaire, comptable à la retraite, discutait avec l'un des trois employés du village. Quand je me suis présenté, il a grimacé. « Oh, j'avais oublié que tu venais aujourd'hui ! »

Pas grave, on s'est attablé dans la salle à manger pour discuter. Avec vue imprenable sur la rivière.

•••

Qu'est-ce qui se passe à Rapides-des-Joachims, monsieur le maire ?

« Et bien la population, qui est composée à moitié de retraités, aime sa tranquillité, m'a-t-il expliqué. Sauf que la population est en pleine décroissance. Si on ne fait rien, ce village n'existera plus dans dix ans. Et moi, je ne veux pas que cet endroit meure ! »

C'est vrai qu'il n'y a plus d'école ? Que les enfants du village fréquentent l'école en Ontario en vertu d'une entente spéciale ?

C'est vrai, a confirmé le maire. Les enfants anglophones doivent se taper une demi-heure de route, matin et soir, pour aller à l'école de Deep River. Pour les francophones, c'est le double. Une heure de route pour aller à l'école francophone de Pembroke.

« Mais au cours des dernières années, on a fait beaucoup pour améliorer la place, reprend le maire Gibson. Nous avons obtenu un million en subventions pour faire des travaux d'infrastructures. On veut attirer des petites et moyennes entreprises liées au tourisme. 

«On a aménagé un camping, des sentiers pédestres. L'endroit est merveilleux pour la chasse et la pêche. La semaine dernière, on a pêché un esturgeon de 50 livres à partir du quai, devant l'auberge.»

«Avec la MRC du Pontiac, on fait des démarches pour que la ZEC Dumoine, juste à côté, devienne un parc fédéral. Il y a une importante rencontre prévue ce mois-ci à Québec pour discuter des démarches à effectuer auprès d'Ottawa.»

Le maire parle de rétablir la liaison par avion, de construire de nouveaux quais. Mais son pouvoir d'intervention est limité. Une bonne partie du territoire appartient non pas au village, mais au ministère des Ressources naturelles.

Avant de quitter son patelin, j'ai traversé le village. Je suis passé devant l'ancienne école devenue CLSC, juste à côté du cimetière. Puis devant le café où des Algonquins louent des canots.

Il était à la sortie du village. Là où la route s'arrête - littéralement - pour laisser place à la forêt dans toute sa splendeur et son immensité.

Le bout du monde.

Je n'avais pas fait tout ce chemin pour rien.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer