Le Pontiac, capitale du houblon

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Patrick Duquette, LeDroit

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CHRONIQUE / Pour la première de cette série de chroniques visant à vous faire découvrir la région du Pontiac, j'avais choisi de faire escale à l'Isle-aux-Allumettes.

Il s'y trouve un producteur agricole qui incarne bien, à mes yeux, le renouveau de cette région méconnue, l'une des plus pauvres du Québec.

Le Pontiac se cherche désespérément une nouvelle vocation depuis le déclin tragique de l'industrie du bois, qui a mené à la fermeture des grosses scieries et à la perte de milliers d'emplois.

Or en plein coeur de cette charmante Isle-aux-Alumettes située à la frontière de l'Ontario, près de Pembroke, Charles Allard, sa femme Lyne Brière et sa soeur Mireille Allard exploitent la plus grosse houblonnière de la région.

Car après avoir été la capitale canadienne du bois et de la drave pendant plus d'un siècle, le Pontiac pourrait très bien devenir la capitale du houblon, une plante qui entre dans la composition de la bière.

Avec l'aide de la MRC et de partenaires gouvernementaux, les Allards et d'autres producteurs de la région ont investi dans l'achat d'une granuleuse à houblon. La machine d'un peu plus de 400 000 $ devrait leur ouvrir les portes du marché en plein essor des microbrasseries du Québec et de l'Ontario.

À l'exception de quelques brasseurs artisanaux, 99 % des microbrasseurs fabriquent leur bière à partir de granules, explique Charles Allard. La nouvelle granuleuse devrait donc permettre aux houblonniers du Pontiac de percer les grandes ligues du marché brassicole.

Charles Allard, propriétaire de la houblonnière Lupuline, nous... (Patrick Duquette, LeDroit) - image 2.0

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Charles Allard, propriétaire de la houblonnière Lupuline, nous présente le fruit de son labeur.

Patrick Duquette, LeDroit

« Nous produirons la meilleure qualité de granules au Canada et probablement dans l'est de l'Amérique du Nord », s'enthousiasme-t-il. Lui-même compte pénétrer le marché des microbrasseurs d'Ottawa, un pas tout naturel pour un producteur de la vallée d'Ottawa comme lui.

L'objectif des producteurs du Pontiac, c'est de profiter du marché en pleine croissance des microbrasseries. La demande pour des bières plus goûteuses est en hausse. « Les gens ont décidé que boire seulement pour s'enivrer, ça ne les intéressait plus. Les gens veulent boire de la bière de qualité », dit M. Allard.

•••

Quand je suis passé sur leur ferme, les Allard étaient en pleine récolte. Ils souhaitaient profiter au maximum de la période de trois jours où la petite cocotte verte est au mieux pour le cueillir. « C'est qu'en fait de qualité, on veut le top du top », explique Charles Allard.

Pas besoin de vous dire que les Allard avaient les traits tirés. Trois jours pour récolter 11 acres de houblon avec l'aide de quelques ouvriers, c'est une tâche titanesque. Surtout que comme bien des petits producteurs du Pontiac, le houblon n'est qu'un à côté pour la famille. Charles et sa femme enseignent à Pembroke et la récolte coïncide plus ou moins avec la rentrée...

Au loin dans les champs, on voyait les plants de houblon. Les cocottes poussent sur des vignes qu'on élève en hauteur. Un tracteur ramenait les branches jusqu'à la récolteuse, une bruyante machine de fabrication allemande. Elle fonctionnait à plein régime, extrayant à toute vitesse les cocottes qui étaient dirigées vers un séchoir.

J'ai respiré un grand coup. L'air était saturé de l'odeur agréable du houblon. Des retailles de feuilles vertes voletaient doucement dans les airs. J'en ai rapidement eu plein les cheveux et les vêtements.

D'un coup d'oeil, Charles Allard a contemplé les champs environnants. Il est de la cinquième génération d'agriculteurs à exploiter la ferme familiale. Voilà quelques années, c'était encore du boeuf qu'on exploitait ici avant de passer au houblon.

« On est favorisés d'être dans une région défavorisée, explique Charles Allard. Les partenaires gouvernementaux souhaitaient diversifier l'économie du Pontiac. Il y avait de l'argent disponible. Sans cela, on n'aurait jamais pu se lancer dans le houblon tellement les investissements de départ sont coûteux. »

Et il ne regrette rien malgré l'ampleur de la tâche ?

« Si tu m'avais posé la question quand je me suis levé à 5 h ce matin, pas sûr que je t'aurais dit oui... Mais ça nous permet de faire partie du milieu brassicole. Et on adore ça. Ce sont des gens passionnés, comme nous. »

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