On n'aurait rien su

Le vérificateur général par intérim, Alain Lalonde, a... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Le vérificateur général par intérim, Alain Lalonde, a fait exactement ce qu'on attendait de lui en fourrant son nez inquisiteur dans le garage de la STO.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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CHRONIQUE / Disons-le tout de suite, si le vérificateur général de Gatineau n'avait pas fait enquête sur la Société de transport de l'Outaouais (STO), on n'aurait jamais rien su de tout ça.

On n'aurait rien su de cette obsession du transporteur public à «sortir» au plus sacrant les autobus de son atelier de réparation pour les remettre sur la route.

On n'aurait rien su de ce «contexte d'urgence» permanent qui fait que neuf autobus de la STO ont pris la route au mois de mars dernier, même s'ils étaient en interdiction de circuler.

Ni que parmi les défectuosités rapportées par les chauffeurs à l'époque, on signalait une fuite d'air au système de freinage. Les freins? Rien que ça?

Sans le VG, on n'aurait pas su que dans cette grosse organisation publique, on ne se donne pas toujours les moyens de vérifier si l'argent du contribuable est dépensé au mieux.

Tiens, on n'aurait pas su qu'un système de 867 000$ pour garer les autobus dans le garage de la rue Jean-Proulx est toujours «non fonctionnel», presque 3 ans après son acquisition. Ce foutu système fait tellement d'erreurs que les employés de l'atelier doivent encore inventorier les autobus à la mitaine plus d'une dizaine de fois par jour...

Pire, on ne saura jamais si on s'est fait passer un sapin avec ce contrat. La STO ne connaît pas le montant alloué à l'interne pour en compenser les lacunes.

***

Sans l'enquête du VG, on n'aurait pas su que la gestion des pièces de rechange est un perpétuel capharnaüm à la STO et que des recommandations datant de 1996 n'ont toujours pas été mises en place, 20 ans plus tard.

Sur un mode plus tragicomique, on n'aurait rien su de l'ingénieux aspirateur hautement sécurisé qui sert à recueillir la monnaie contenue dans les boîtes de perception des autobus. Seul hic: la clé des boîtes de perception, celle qui donne directement accès à l'argent, était laissée sans surveillance. Le vérificateur a découvert qu'elle se trouvait à la vue de tous, dans le tiroir non barré du bureau non barré d'un contremaître.

À la portée du premier venu...

***

Le vérificateur général par intérim, Alain Lalonde, a fait exactement ce qu'on attendait de lui en fourrant son nez inquisiteur dans le garage de la STO.

C'est son boulot de faire enquête là où le contribuable et le journaliste n'ont pas accès pour vérifier si l'argent du public est bien dépensé. Et dans ce cas-ci, nul doute que la STO a des économies à faire en gérant son garage de manière plus serrée.

Mais la plus belle trouvaille du VG, c'est d'avoir mis en lumière le «contexte d'urgence» qui amène le transporteur public à sortir au plus vite les autobus de ses ateliers de réparation.

Dans sa réponse au VG, la STO se targue que malgré un garage trop petit et un réseau en forte croissance, ses autobus assurent 99% des voyages prévus sur le réseau. C'est bien. La question que pose le VG, c'est: à quel prix?

Au prix de la sécurité des usagers? Je ne pense pas. Mais au prix de la rigueur budgétaire, ça ne fait aucun doute.

Est-ce que le citoyen de Gatineau a raison d'être en maudit?, a demandé une journaliste au président de la STO, Gilles Carpentier. «Il aurait raison si on ne faisait rien. Mais on agit», a-t-il rétorqué.

C'est déjà une amélioration dans le discours. À une certaine époque, la STO aurait tout fait pour noyer le poisson. Pas cette fois-ci. M. Carpentier, qui a déjà amorcé une revue en profondeur des pratiques de la STO, promet de demander des comptes et de sanctionner les responsables au besoin.

Tant mieux. Le vérificateur aurait alors fait oeuvre utile.

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