Un bordel de drone

Ce sont les opérateurs certifiés de drones, comme... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Ce sont les opérateurs certifiés de drones, comme Hélicaméra à Gatineau, qui en prennent plein la gueule avec la situation actuelle. Pour faire voler un drone à une altitude de 100 pieds, Jonathan Gohibé doit suivre les mêmes procédures... que pour un vol d'Air Canada.

Patrick Woodbury, LeDroit

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CHRONIQUE / L'autre jour, je marchais dans le parc de la Gatineau. Un vrombissement strident a retenti sur le lac Pink, envahissant le sous-bois. Qu'est-ce que c'est? Un essaim d'abeilles enragées? Un avion en détresse?

Rien de tout ça.

Au détour d'un sentier, j'ai aperçu le gars avec sa télécommande. Le drone volait au-dessus du lac, ses quatre hélices en plastique bourdonnant à qui mieux mieux. J'ai pensé: bravo champion, merci de nous polluer notre quiétude avec ta grosse mouche fatigante.

S'il avait le droit d'être là? J'en doute.

La réglementation est très stricte au Canada pour ce qui est de l'usage récréatif et commercial des drones. Je doute qu'on puisse faire voler ses gros moustiques dans un parc protégé...

Je note surtout qu'il est devenu à la portée de n'importe quel individu un peu en moyens de se procurer un drone au magasin électronique du coin.

Ces machins en vente libre peuvent être téléguidés à des kilomètres de leur point de départ et grimper jusqu'à 5000 mètres. Et ça commence à causer toutes sortes de problèmes dans les centres urbains et près des aéroports.

En juin dernier, une alerte nationale a été déclenchée à l'aéroport d'Ottawa. Des avions de ligne ont détecté un drone dans leur trajectoire d'approche, à 2000 m d'altitude. Pas de farce, deux chasseurs CF-18 ont rappliqué de Bagotville, au cas où...

À Beloeil, le printemps dernier, un drone qui survolait une foule a chuté sur une femme, 10 m plus bas. Victime d'une entorse cervicale, la dame a poursuivi le pilote amateur qui manoeuvrait son bidule au mépris des lois fédérales. Il est interdit de voler au-dessus d'une foule ou près d'un aéroport.

À la même époque, un drone a frappé l'aileron d'un Airbus de la British Airways au-dessus de Londres -- sans conséquence grave. Le même drone aurait pu causer de graves dommages et mettre en péril des centaines de vies s'il s'était infiltré dans un moteur.

Après chacun de ces accidents, on a parlé de resserrer les règles. En juin, Transports Canada a émis un rappel, menaçant les délinquants de lourdes amendes et de peines d'emprisonnement.

Pensez-vous que ça a dérangé le moins du monde mon pilote du lac Pink?

J'en doute.

***

Au lieu de discipliner les délinquants, Transports Canada serait plutôt en train de mettre en péril l'industrie naissante du drone.

Ce sont les opérateurs certifiés, comme Hélicaméra à Gatineau, qui en prennent plein la gueule.

Pour obtenir le droit de faire voler un drone à une altitude de 100 pieds, les deux copropriétaires de la compagnie, Jonathan Gohibé et Rebecca Roy, doivent remplir les mêmes procédures... que pour un vol d'Air Canada.

Ils doivent soumettre une demande de plusieurs dizaines de pages, incluant un plan de vol, à Transports Canada. À la mi-août, le ministère fédéral a avisé les pilotes certifiés au Québec qu'il mettra désormais plus de 20 jours ouvrables à traiter les demandes en raison d'un trop fort volume.

C'est ce qui a décidé bien des pilotes certifiés à former une association pour réclamer un traitement plus équitable.

Car pendant qu'ils se fendent en quatre pour respecter les règles, ils subissent une concurrence déloyale. D'autres pilotes moins scrupuleux offrent à leurs clients les mêmes services de photographies aériennes... pour une fraction du prix. Sans détenir ni permis ni assurances.

«Elle est là l'injustice, dit Jonathan. On est pour un resserrement à condition que les règles soient les mêmes pour tous. Pour l'heure, ce sont les opérateurs certifiés qui se font taper sur les doigts s'ils ne respectent pas leur plan de vol.» Alors que mon hurluberlu du lac Pink, lui, continuer de faire voler son bidule un peu n'importe où, en toute impunité...

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