Le pollueur microscopique

Il n'y pas beaucoup d'études sur les microbilles,... (Patrick Woodbury, LeDroit)

Agrandir

Il n'y pas beaucoup d'études sur les microbilles, explique Meaghan Murphy, une scientifique qui travaille pour Sentinelle Outaouais. Ce qu'on sait, par contre, c'est que les poissons qui ingèrent les microplastiques adoptent de drôles de comportements.

Patrick Woodbury, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CHRONIQUE / Mais oui, il y a des microbilles de plastique dans la rivière des Outaouais.

De quoi ça a l'air?

Sentinelle Outaouais, qui est en train de recenser les concentrations dans la rivière, nous en a montré quelques-unes mercredi matin.

Des particules fraîchement cueillies dans l'eau qui coule au large du Parlement canadien, juste sous le pont Alexandra.

C'est tout petit, plus petit qu'une petite miette de pain. Des fois, c'est rouge, d'autre fois jaune. Le plus souvent, dans la rivière des Outaouais, c'est bleu, même si on n'a pas encore découvert pourquoi il y a tant de bleu. C'est minuscule et pourtant, celles qu'on a vues sont les plus grosses. La plupart, il faut un microscope pour les déceler.

La rivière des Outaouais regorge de microbilles, mais aussi de microplastiques de toutes sortes. Le plus étonnant, c'est qu'on retrouverait dans l'eau d'ici les mêmes concentrations qu'en Europe, là où la densité de population est plus importante.

Les microbilles, ça vient du shampoing, du dentifrice, des produits de beauté. Mais aussi des fibres synthétiques de vos vêtements qui se retrouvent à la rivière après leur passage dans la machine à laver. Et ça vient sans doute aussi d'une multitude d'autres sources qu'on ignore.

Pour en savoir plus, Sentinelle Outaouais a entamé un prélèvement d'échantillons sur une distance de 550 kilomètres le long de la rivière des Outaouais, avec la collaboration de chercheurs de l'Université Carleton.

Les microbilles de plastique sont minuscules, plus petites... (Archives La Presse) - image 2.0

Agrandir

Les microbilles de plastique sont minuscules, plus petites qu'une miette de pain.

Archives La Presse

Est-ce dangereux pour la santé humaine?

C'est là qu'on ne sait pas trop. Il n'y pas beaucoup d'études sur le sujet, explique Meaghan Murphy, une scientifique qui travaille pour Sentinelle. Ce qu'on sait, par contre, c'est que les poissons qui ingèrent les microplastiques adoptent de drôles de comportements. Entre autres parce que le plastique a tendance à absorber beaucoup d'agents polluants.

Alors, c'est dangereux ou pas pour les humains?

La preuve scientifique reste à faire, rétorque Meaghan Murphy. Mais si ce n'est pas bon pour les poissons, on peut penser que ce n'est sûrement pas recommandé pour les humains. Il reste à voir à partir de quelle concentration la présence de microbilles devient un enjeu de santé publique. Déjà qu'on en retrouverait en très petites quantités dans l'eau potable et... dans la bière, dit Mme Murphy. À votre santé!

En Europe et aux États-Unis, des lois interdisent carrément les microbilles utilisées dans les produits de soins de beauté. Le Canada devrait emboîter le pas avec un projet de loi cet automne et une entrée en vigueur prévue pour l'hiver 2017.

L'ennui, comme le soulève Mme Murphy, c'est que les microbilles ne représentent qu'une infime partie des microplastiques qui flottent dans nos rivières. D'où l'importance de mieux documenter le phénomène, comme le fait Sentinelle Outaouais.

Mieux vaut y voir pendant qu'il est encore temps, insiste Mme Murphy.

Le plastique a accru sa présence dans nos vies quotidiennes depuis les années 1950. Il s'accumule partout. Et il met des siècles, voire des millénaires à se décomposer. D'ailleurs, vous avez sûrement entendu parler de ce vortex de débris en plastique, grand comme un continent, qui dérive dans l'océan Pacifique.

C'est là tout le problème des microbilles en plastique. Elles flottent. Si bien qu'elles échappent aux filtres de la plupart des usines d'épuration des eaux. Si on ne fait rien, elles vont continuer de s'accumuler, encore et encore.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer