Le monstre Phénix

La rencontre avec les fonctionnaires a eu lieu... (Archives, LeDroit)

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La rencontre avec les fonctionnaires a eu lieu aux Terrasses de la Chaudière, lieu où Colette et sa collègue travaillent.

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Une fonctionnaire de Gatineau m'a téléphoné vendredi matin. Elle était dans tous ses états. « Venez-nous voir au bureau, je vais vous raconter ce qui vient d'arriver à ma collègue. C'est épouvantable, c'est en lien avec les ratés du système de paie Phénix... »

Les responsables du gouvernement fédéral assurent pourtant que la situation est sous contrôle, que les centaines de fonctionnaires qui attendent leur chèque de paye vont finir par être payés.

Sauf que le feu n'est pas éteint, malgré les propos rassurants de la ministre Judy Foote et de Services publics et Approvisionnements Canada. Dans les faits, le système Phénix continue d'accumuler les erreurs.

Je suis allé rencontrer la fonctionnaire aux Terrasses de la Chaudière où elle travaille. Elle ne veut pas que je la nomme, ni sa collègue, de peur de subir des représailles.

Appelons-la Colette pour les besoins de la cause.

Alors voilà, on a beaucoup dit que les ratés de Phénix affectaient surtout les employés aux horaires atypiques, ceux qui revenaient d'un congé. Les cas exceptionnels, quoi. La collègue de Colette n'est rien de tout ça. Elle travaille au gouvernement fédéral depuis 25 ans. Le genre qui aime son boulot, qui manque rarement à l'appel. Pas du tout le portrait de la fonctionnaire profiteuse que traçait méchamment l'ancien gouvernement Harper.

Alors vendredi matin, l'amie de Colette reçoit une lettre du service de paye de Miramichi pour lui signifier qu'elle est en congé de maladie non payé... depuis le début du mois de juin.

L'amie de Colette est sous le choc. « Comment en congé de maladie non payé ? Je suis en pleine santé ! » se dit-elle.

Dans une ancienne vie, avant que le gouvernement Harper ne décide de centraliser la paye à Miramichi au Nouveau-Brunswick, l'amie de Colette serait allée voir l'agente de rémunération de son ministère. « Salut, tu vas rire, paraît que je suis malade... »

À la place, l'amie de Colette a téléphoné à Miramichi. Au bout du fil, une personne qu'elle ne connaît pas : « Je ne peux rien pour vous, madame. Attendez de recevoir votre prochaine paye. S'il y a un problème, on avisera. »

Merci, bonsoir.

Sentiment d'injustice

L'amie de Colette était dans tous ses états. À cause du sentiment d'injustice : elle n'a rien fait pour devenir une victime de Phénix.

Et aussi parce qu'elle a vite réalisé que si le système la considère en congé de maladie depuis juin, ça veut dire qu'on pourrait lui retirer (elle a vite calculé dans sa tête) ses quatre dernières payes...

L'amie de Colette a téléphoné à sa banque, qui se dit impuissante. C'est une chose qu'on oublie dans le fabuleux fiasco de Phénix. Le gouvernement fédéral jouit d'un privilège unique au pays. Il peut mettre ou retirer de l'argent de votre compte bancaire quand bon lui semble.

Alors l'amie de Colette, qui avait prévu partir en vacances la semaine prochaine, a tout annulé. Elle attendra de recevoir sa prochaine paye, le 10 août.

Pas question de partir avant : elle a trop peur que son employeur - le gouvernement du Canada, imaginez ! - vide son compte alors qu'elle est à l'extérieur. 

« Au bureau, bien du monde a eu des erreurs sur sa paye à cause du système Phénix », reprend l'amie de Colette.

« Comme fonctionnaire, on n'ose pas parler. On a peur des représailles. Mais j'en ai assez d'entendre les responsables dire que la situation est sous contrôle. Ce qui arrive à ma collègue, c'est la preuve qu'il continue d'y avoir des erreurs, que ce n'est pas fini. »

« On se sent tous un peu comme dans Hunger Games. On se demande qui sera la prochaine victime du monstre. Ça ne peut plus durer ! »

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