L'orme mort et la ruche

Le contrat signé par Gatineau oblige les ouvriers... (Simon Bigras, collaboration spéciale)

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Le contrat signé par Gatineau oblige les ouvriers à transporter les retailles d'arbres jusqu'à un dépôt municipal, en attendant d'être transformés en copeaux de bois à Thurso.

Simon Bigras, collaboration spéciale

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CHRONIQUE / Quand elle a vu les ouvriers abattre et découper en billots le vieil orme centenaire de l'autre côté de la rue, Micheline Lajoie a traversé pour aller s'informer.

Elle habite le secteur Hull, tout près de la maison Mathieu-Froment-Savoie. La voilà donc qui s'approche du chantier, son chien Fifi sur les talons. Pas pour engueuler les ouvriers d'abattre un bel arbre. Non, l'orme était mort. Plutôt pour savoir s'il était possible de récupérer quelques belles grosses bûches de 1,5 mètre de diamètre...

C'est que Mme Lajoie participe aux activités d'Apiculture Gatineau. Or, des grosses bûches comme celles que les ouvriers embarquaient dans le camion, il paraît que ça peut devenir des ruches fantastiques une fois évidées et travaillées par un ébéniste.

«Je connais quelqu'un qui fait des ruches dans les troncs d'arbre. On en a d'ailleurs récemment installé deux à la ferme Moore (dans le secteur Hull)», raconte-t-elle.

Mais bon: déception. Les ouvriers lui ont expliqué que leur contrat avec la Ville de Gatineau les obligeait à transporter les retailles d'arbres jusqu'à un dépôt municipal, en attendant d'être transformés en copeaux de bois.

«Je trouve ça triste que les ébénistes ne puissent pas en profiter», a confié Mme Lajoie au Droit.

Et elle a raison.

Pour peu qu'on y prête attention, on ne voit que ça ces jours-ci quand on se promène dans les rues de Gatineau. Des arbres morts. Partout. Leurs silhouettes décharnées émergent des boisés urbains, ils poussent leurs branches vides au-dessus des grands boulevards, des parcs ou dans la cour des particuliers.

Plus que jamais ces jours-ci, on mesure les ravages faits par l'agrile du frêne, une saleté d'insecte qui n'a pas de prédateur. Il a décimé un à un les plus beaux arbres de la ville. On va couper des milliers de frênes cet été, de même que des ormes qui sont aussi vulnérables aux maladies.

Alors je veux bien que la Ville ait conclu un contrat pour acheminer le bois mort à l'usine Fortress de Thurso. Mais ce serait quoi de faire preuve d'un peu de souplesse, de donner quelques morceaux de bois à des gens qui ont de bonnes idées pour les transformer?

On l'a fait dans le cas de l'école primaire Eardley, dans le secteur Aylmer. Plutôt que de couper les arbres infectés, la communauté a décidé de transformer les souches de frênes en oeuvres d'art.

Le conseiller municipal Richard Bégin a d'ailleurs contribué 500$ de son fonds discrétionnaire à ce projet. Des artistes ont sculpté des personnages à même les souches. Le résultat est aussi étonnant qu'original. 

En tout cas, il démontre qu'avec un peu d'imagination, on peut transformer un désastre écologique en quelque chose de beau.

***

Pour en revenir au tronc du vieil orme, il était trop gros, de toute manière, pour être transformé en ruche. «Idéalement, ça prend un tronc de 50 à 60 cm de diamètre pour faire une belle ruche», explique Daniel Hamelin, président d'Apiculture Gatineau.

Justement, les deux ruches troncs de la ferme Moore ont été taillées à même des frênes qu'un sculpteur de la région entreposait depuis quelques années dans son atelier. C'est fou tout ce qu'on peut faire avec des arbres morts, non?

Leur conception s'inspire d'une méthode traditionnelle provençale. Dans le sud de la France, on les nomme des «bruscs», une appellation qui est à l'origine du mot «ruche».

Jusqu'à maintenant, les deux ruches-troncs de la ferme Moore, qui mesurent 6 pieds, donnent de bons résultats. Lorsqu'on les ouvre, la quantité de miel est époustouflante. «C'est impressionnant de voir tout le travail effectué par les abeilles», raconte Daniel Hamelin.

C'est fou tout ce qu'on peut faire avec des arbres morts, non?

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