Des grenouilles ou des emplois?

Ce n'est qu'une question de temps avant que... (Photo fournie par le centre d'information sur l'environnement de Longueuil)

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Ce n'est qu'une question de temps avant que la rainette faux-grillon, une espèce menacée, se trouve sur le chemin de plusieurs projets de développement en Outaouais, prédit notre chroniqueur Patrick Duquette.

Photo fournie par le centre d'information sur l'environnement de Longueuil

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Est-ce qu'on va arrêter des projets de plusieurs millions de dollars, qui vont générer des milliers d'emplois, pour sauver quelques misérables... grenouilles ?

C'est la question que le gouvernement du Québec, des maires, des institutions et des promoteurs se posent devant le geste inédit d'Ottawa pour protéger la rainette faux-grillon en Montérégie.

La décision du gouvernement Trudeau d'intervenir pour faire respecter la loi sur les espèces en péril a stoppé net un chantier de construction de 1200 unités à La Prairie car il menaçait l'habitat du fragile batracien.

Le geste du fédéral a mis dans tous ses états les politiciens et les promoteurs du Québec qui craignent que ce précédent nuise à d'importants projets de développement.

Et je vous le dis, ce n'est qu'une question de temps avant que ce débat ne fasse tache d'huile en Outaouais. Ici aussi, la rainette faux-grillon, une espèce menacée, se trouve sur le chemin de plusieurs projets de développement.

Pas plus tard qu'en mars dernier, le conseil municipal de Gatineau a approuvé un controversé projet domiciliaire dans l'ouest d'Aylmer, tout près des étangs où les petits batraciens ont été recensés en grand nombre en 2005. 

L'un des terrains considérés pour la nouvelle école de Val-des-Monts serait également fréquenté par la fameuse rainette de la discorde.

Ici aussi, un jour ou l'autre, la question va se poser de manière pressante et concrète : des grenouilles ou des emplois ?

Et pourtant, il faudra envisager la question autrement que sous cet angle réducteur pour y répondre de manière satisfaisante.

Parce que ce n'est pas tant la survie de quelques grenouilles, ou de quelques couleuvres, ou de quelques tortues qui est menacée.

La question qui se pose réellement, c'est jusqu'à quel point on va rogner dans la biodiversité, dans les zones humides, dans les terrains agricoles et dans l'équilibre même de la nature au nom de la création d'emplois et de la richesse.

L'ancien gouvernement Harper refusait de seulement se poser cette question qui l'aurait forcé à reconsidérer son engagement envers l'industrie polluante des sables bitumineux en Alberta.

Le gouvernement Trudeau a choisi une voie différente en promettant de redonner plus de légitimité au processus d'évaluation environnementale. En volant au secours des petites grenouilles, il a sans doute voulu donner une idée du sérieux de sa démarche.

En tout cas, il a le mérite de forcer tout le monde à se poser des questions vitales pour l'avenir de l'humanité.

Dans certains pays du monde, la désertification, les tempêtes et les inondations provoquent des maladies, des guerres et des crises migratoires. Le mode de vie accéléré des pays industrialisés provoque des catastrophes climatiques ailleurs sur la planète. Le phénomène est documenté et largement admis dans les sociétés occidentales.

Mais dans le train-train quotidien, les vraies actions se font attendre pour enrayer les changements climatiques.

Qui sait si ces petites grenouilles qui tiennent tête aux promoteurs ne sont pas comme les canaris qui avertissaient les mineurs d'un danger imminent ?

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