Les questions d'Amer

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CHRONIQUE / «Est-ce qu'il y a des explosions ici ? », a demandé le petit Amer à ses parents.

Non, Amer, pas d'explosions.

« Est-ce qu'il y a des rafales de mitraillettes ? », a relancé Amer en mimant le geste avec ses mains.

Non, pas de rafales.

« Jamais, jamais ? », a-t-il insisté.

Jamais, jamais, ont répondu ses parents.

« Fiou ! », a dit Amer.

Alors voilà, c'est le genre de questions que posent les petits réfugiés syriens lorsqu'ils débarquent au Canada.

Amer, 7 ans, est arrivé à Gatineau en mai dernier, avec ses parents Samer et Ruba Kassar, de même que sa petite soeur Tia.

Un long et périlleux périple qui les a fait passer de leur banlieue bombardée de Damas à un camp de réfugiés au Liban. Ils ont finalement échoué au Canada où un groupe de parrainage privé les attendait.

Le petit Amer est déjà en classe d'accueil à l'école Saint-Médard dans le secteur Aylmer. Il adore l'école, m'a dit sa mère, même s'il ne baragouine pour l'instant que quelques mots de français et d'anglais.

C'était sa première journée de vacances scolaires de l'été mercredi. Il accompagnait ses parents à une visite guidée du parlement organisée par le député de Hull-Aylmer, Greg Fergus.

Il y avait toutes sortes de monde à cette visite, des Congolais, des Moldaves, des Rwandais...

Le député libéral a dit aux réfugiés qu'ils étaient courageux d'avoir quitté leur chez-soi, que le plus dur était fait maintenant qu'ils sont arrivés au Canada.

Pendant qu'on mangeait des sandwiches en attendant de visiter le parlement, je me suis entretenu avec les parents d'Amer par le biais d'une interprète.

Ils m'ont dit que leur intégration se passait bien, qu'ils apprenaient le français, et qu'après, ce serait l'anglais. Samer espère se trouver de l'emploi dans le domaine de la vente de pièces automobiles. Elle, son domaine, c'est l'esthétique.

Ils ont passé par toutes sortes d'épreuves avant de venir ici. Mais ils n'avaient pas trop le goût d'en parler. C'est Raymond Sabourin, celui qui a coordonné leur parrainage, qui m'a raconté l'histoire.

Elle, elle a perdu son frère dans les combats, le poumon transpercé par un éclat d'obus. Lui, il a été kidnappé par les soldats de l'État islamique, puis libéré contre rançon au bout d'une quinzaine de jours. Le garage où il travaillait a été bombardé, la garderie d'Amer aussi...

Bref, je les comprenais de ne pas trop avoir le goût d'en parler. « C'est une longue histoire », a dit Samer en soupirant.

Dites-moi, c'est quoi la différence entre la Syrie et le Canada ?

C'est elle qui a répondu. Elle a parlé du climat, bien sûr. Tous les réfugiés syriens que j'ai interviewés m'ont parlé de la rigueur de l'hiver.

« L'autre différence entre ici et là-bas, c'est qu'ici, il y a la sécurité, il y a la paix », a ajouté Ruba.

La sécurité ? C'est une chose qu'on tient tellement pour acquise ici, ai-je rétorqué.

C'est Samer qui a pris le relais, il m'a dit qu'en Syrie aussi la sécurité était acquise avant que la guerre civile n'éclate, c'était même un des pays les plus sécuritaires du monde.

Dites-moi, qu'est-ce qui fait qu'un pays bascule de la sorte ? Comment un beau pays, prospère et riche comme la Syrie, a pu devenir un no man's land, une zone de guerre dévastée ?

De ça non plus, les Kassar n'avaient pas trop le goût de discuter. À l'ombre de la Tour de la Paix, ils préféraient apprécier la quiétude de leur pays d'adoption.

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