La revanche de John

Quand le diagnostic est tombé, ce fut un... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Quand le diagnostic est tombé, ce fut un soulagement pour John. «Enfin, je savais. Je n'étais pas stupide, j'étais dyslexique!»

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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CHRONIQUE/ À l'école primaire, les experts l'ont traité de « retardé » qui n'arriverait jamais à lire. Près de trente ans plus tard, John Ward savoure sa revanche.

Le gaillard de 35 ans a non seulement appris à lire, il a complété un baccalauréat et une maîtrise à l'Université d'Ottawa. Il vient d'être accepté au doctorat. Le sujet de sa thèse : l'enseignement à des enfants autochtones atteints de dyslexie.

Dire que le sujet lui tient à coeur est un euphémisme. À l'époque où il a débuté son école primaire à Aylmer, au milieu des années 1980, la dyslexie demeurait difficile à diagnostiquer au Québec.

Malgré des examens qui attestaient de son intelligence, John accusait du retard en lecture et en écriture. Des experts lui recommandaient de lire des bandes dessinées pas trop difficiles...

Le petit John, lui, se demandait surtout s'il était stupide. 

Mais voilà, sa mère était du genre tenace.

Quelques années plus tard, Louise Brazeau-Ward allait fonder sa propre école pour enfants dyslexiques à Ottawa, de même que le Centre canadien de la dyslexie. À l'époque, cette agente d'immeuble était surtout une mère qui cherchait à obtenir de l'aide pour son fils.

Elle a amené John consulter un spécialiste à New York où la recherche était plus avancée qu'au Canada. Quand le diagnostic est tombé, ce fut un soulagement pour John. « Enfin, je savais. Je n'étais pas stupide, j'étais dyslexique ! »

Quand il est retourné à l'école, porteur de ce qu'il croyait une bonne nouvelle, le petit John s'est retrouvé... dans le bureau du directeur. Son enseignante, qui ne savait pas ce qu'était la dyslexie, s'était impatientée. Frustré, le petit bonhomme avait lâché : « this school sucks! »

« Que je ne t'entende plus jamais dire une chose pareille dans mon école ! » a tempêté le directeur, en le secouant par les épaules. Traumatisé, le petit John a été forcé de s'excuser devant la classe.

Il n'a jamais remis les pieds dans cette école.

Encore aujourd'hui, quand elle entend son fils raconter cet épisode, Louise Brazeau-Ward en a les larmes aux yeux.

À l'époque, John ignorait qu'il ferait mentir les experts.

•••

Après quelques détours, John a fini par étudier à l'école spécialisée fondée par sa mère à Ottawa. L'Académie Héritage est aujourd'hui reconnue par le ministère de l'Éducation de l'Ontario. Quelques années plus tard, l'enfant qu'on disait incapable d'apprendre à lire a été accepté à l'Université Saint-Paul.

C'est là qu'il a retrouvé par hasard l'ex-directeur de son école primaire. C'était son voisin d'en face ! Quand John s'est présenté à lui, le monsieur ne l'a pas reconnu. John a lâché d'une traite : « Tu m'as traité de stupide quand j'avais six ans ou sept ans. Tu m'as brassé dans ton bureau. Tu sais quoi ? Ça ne m'empêche pas de faire mon bac... »

Le monsieur a dit qu'il ne se souvenait plus. John s'en foutait. « Je tenais à lui dire que j'avais réussi. Quand je suis parti de chez lui, je pense que je me sentais mieux que lui. »

Il avait surmonté son traumatisme d'enfant. 

•••

Ensuite, John a bifurqué vers l'Université d'Ottawa.

Malgré ses difficultés à lire, il a décroché un baccalauréat en 2006, puis une maîtrise en histoire autochtone, en 2008. Comme étudiant au doctorat, il s'intéresse surtout à la dyslexie chez les autochtones où le phénomène serait particulièrement répandu. Il a des projets d'études aux États-Unis. Il veut étudier les méthodes d'enseignement de nos voisins du Sud pour les importer au Canada.

Lui qui a déjoué tous les pronostics compte maintenant en aider d'autres à faire comme lui.

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