La violence ordinaire

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CHRONIQUE / Quand Robert (nom fictif) a divorcé après de longues années de mariage, il a découvert chez sa conjointe un côté sombre qu'il ne lui soupçonnait pas.

Alors qu'il insistait pour obtenir la garde partagée de ses filles, Robert s'est retrouvé du jour au lendemain devant une flopée d'accusations criminelles de la part de son ex : viol, abus d'enfants, etc.

« Madame m'a même accusé de l'avoir pitchée en bas de l'escalier alors que je n'ai jamais donné une pichenotte à une femme », a-t-il raconté aux médias mardi à Gatineau.

L'intervention de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) a permis de rétablir les faits. Aucune accusation n'a finalement été retenue contre Robert qui a même obtenu la garde à temps plein de ses filles... après deux années d'enfer.

Les pires de sa vie, a-t-il insisté.

Le plus triste de l'histoire, c'est que les filles ont été entraînées malgré elles dans la tourmente. Le divorce houleux de leurs parents a causé des séquelles graves et durables pour elles.

Elles ont été témoins des arrestations de leur père qui a séjourné en prison à quelques reprises en raison des fausses accusations. Aux heures les plus sombres, Robert a eu toutes les misères du monde à les convaincre qu'il continuerait à faire partie de leur vie...

Le fond, Robert l'a atteint le jour où il est allé chercher l'une de ses filles à l'école. À force d'entendre du mal de son père, celle-ci a refusé de le suivre. Robert en parle encore avec émotion. « Ça me brisait le coeur. Il n'y a rien de pire, pour un père, que de voir que c'est ton enfant qui te rejette », a-t-il raconté.

•••

Le plus remarquable dans l'histoire de Robert, c'est peut-être... sa banalité.

On n'est pas ici devant le cas d'enfants martyrisés, battus ou négligés grossièrement par leurs parents qui font régulièrement la manchette des journaux.

On n'est pas devant des monstres, des malades ou des criminels. Seulement devant un couple ordinaire, avec des enfants ordinaires, qui décide comme tant d'autres de se séparer. 

Sauf que ça se passe mal.

Et les parents, à force de se déchirer entre eux, en oublient de protéger leurs enfants qui deviennent des instruments du conflit. Des enfants qui jouent au « facteur » entre les parents, quand ce n'est pas à l'espion pour le compte de l'un ou l'autre.

Quand les parents souffrent, les enfants écopent, victimes collatérales du divorce. Ils se sentent écartelés, déchirés, démunis, dépréciés...

•••

Il y a un nom pour ce type de violence dans les statistiques de la DPJ. Ça s'appelle les « mauvais traitements psychologiques » et ça englobe aussi bien les enfants qui sont témoins de violence conjugale que d'un divorce difficile.

Pas pour rien que la DPJ a profité du dépôt de son bilan annuel pour mettre l'accent sur ce type de violence méconnue. On est ici devant un mal insidieux qui s'installe petit à petit dans le quotidien des familles. Un « mal silencieux » aussi, qui se manifeste en privé, à l'abri des regards.

Aujourd'hui, plus personne ne peut rester indifférent devant le spectacle d'un enfant abusé ou négligé de manière évidente. L'intervention de la DPJ sonne comme une invitation à ouvrir l'oeil encore un peu plus à ce qui se passe autour de nous et à réfléchir sur les formes plus pernicieuses de maltraitance.

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