Le sens d'Orlando

Vue aérienne de la boîte de nuit Pulse,... (Red Huber, Associated Press)

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Vue aérienne de la boîte de nuit Pulse, à Orlando, où a eu lieu le carnage aux petites heures du matin.

Red Huber, Associated Press

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CHRONIQUE / Dieu sait qu'il y a des questions qui se posent après un tel carnage. On cherche tout naturellement à s'expliquer ce qui a poussé un homme à pénétrer lourdement armé dans un bar gai d'Orlando pour cribler de balles des dizaines de personnes.

Et dans ce cas-ci, ce ne sont pas les hypothèses qui manquent. Dans le geste du tueur, on perçoit aussi bien des relents d'homophobie rageuse que d'islamisme radical.

À force de creuser son passé, on apprendra peut-être qu'il haïssait aussi les latinos, nombreux à fréquenter la discothèque où il a fait feu.

Comme le drame s'est passé aux États-Unis, toute la réflexion se teinte de l'absence de contrôle des armes à feu au pays de l'Oncle Sam. Les tueries de masse sont si fréquentes chez nos voisins du Sud qu'on ne les comptabilise plus en bas d'un minimum de 4 morts.

Homophobie, islamisme radical, racisme, contrôle des armes à feu... Il y en a pour toutes les causes, nobles et moins nobles, dans l'attaque meurtrière d'Orlando. Ce qui me sidère, c'est la vitesse avec laquelle le drame a été récupéré sur toutes les tribunes, parfois avec un opportunisme crasse.

Les cadavres des victimes étaient encore chauds que Donald Trump se félicitait, sans pudeur aucune, de ses positions antimusulmanes. Bien sûr, on ne s'étonne plus de rien de la part de M. Trump. Il a démontré être prêt à tout pour vanter sa candidature à la présidence américaine. Dans ce cas-ci, il accuse les musulmans de représenter une menace pour la sécurité, sans remettre en question son propre appui au lobby des armes à feu. Cherchez l'erreur !

Au Québec aussi, le débat est parti dans tous les sens.

Oui, nous sommes une société plus ouverte, plus progressiste que bien d'autres. Après tout, l'homosexualité est encore considérée comme un crime passible de la peine de mort dans certains pays musulmans, comme l'Arabie Saoudite.

Mais on a beau se péter les bretelles, il existe aussi chez nous une sorte d'homophobie larvée. J'entendais Jasmin Roy, porte-parole de la Fierté gaie, s'exprimer à la radio : « Des gens disent : je n'ai rien contre les homosexuels... mais je n'aime pas voir deux gars s'embrasser en public ou encore s'exhiber lors du défilé de la Fierté. »

Ça me rappelle les gens qui disent ne rien avoir contre les étrangers... pourvu qu'ils restent chez eux !

•••

Pendant qu'on se lance dans de grands débats de société, il ne faudrait pas oublier que le tout premier à avoir fait de la récupération politique dans cette histoire, c'est probablement le tireur lui-même.

Les tueurs de masse se réclament souvent d'une idéologie pour justifier leurs actes. Mais ce n'est souvent qu'un prétexte destiné à masquer un mal plus profond, comme des problèmes de santé mentale, note Adam Lankford, un spécialiste américain interrogé par le Toronto Star.

Dans le cas de la tuerie d'Orlando, le tireur aurait été horrifié par la vue de deux hommes qui se sont embrassés devant lui. Et ce n'est qu'après le carnage, alors qu'il était encore à la discothèque, qu'il aurait téléphoné à trois reprises au 9-1-1 pour revendiquer l'attentat, au nom de deux groupes terroristes rivaux, ce qui soulève des doutes sur sa véritable allégeance.

Alors voilà, on s'efforce de trouver un sens à cette attaque meurtrière. Mais y en a-t-il seulement un ?

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