Une mort injuste

CHRONIQUE / D'habitude, je m'en fous des pitbulls, des... (Martin Tremblay, Archives La Presse)

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Martin Tremblay, Archives La Presse

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CHRONIQUE / D'habitude, je m'en fous des pitbulls, des Staffordshire bull-terriers et autres féroces molosses qui hantent nos quartiers.

Mais là, je me sens... interpellé.

Comment faire autrement quand une femme de Pointe-aux-Trembles se fait assassiner par le pitbull du voisin, dans sa propre cour arrière, alors qu'elle revenait du boulot?

Dans le registre des morts injustes et inutiles, difficile d'imaginer pire.

Alors voilà, je ne connais pas grand-chose aux chiens, aux chats, ni même aux grenouilles. Mais quand une pauvre femme meurt ainsi sous les dents acérées d'un gros mâtin, je me renseigne.

J'entendais une dame de la SPCA raconter à la radio que le pitbull fait partie des chiens «puissants» capables d'infliger de sévères blessures lorsqu'ils mordent.

Ces animaux-là auraient une mâchoire si redoutable qu'ils peuvent s'accrocher à leur proie pendant des heures sans faiblir une seconde.

Et il n'y aurait pas que les pitbulls qui s'inscrivent dans la catégorie des chiens «puissants». 

Le berger allemand du voisin, qui jappe après ma fille, rentrerait dans la même catégorie. D'ailleurs, je ne regarde plus de la même manière cette jeune fille qui promène chaque jour un Danois plus grand qu'elle sur ma rue. L'animal semble docile comme tout. Mais dites-moi: ça se fâche-tu, des fois, un Danois?

Voilà que je tends l'oreille à la voix du conseiller municipal Jocelyn Blondin, responsable de la sécurité publique à Gatineau. Lui aussi s'interroge. Faudrait-il interdire les pitbulls comme on le fait depuis des années dans la province voisine de l'Ontario?

Il existe déjà un règlement pour encadrer les pitbulls et autres chiens «potentiellement dangereux» à Gatineau, comme l'obligation de porter une muselière en public et de tenir la bête dans un enclos fermé à clef. Faut-il aller plus loin? 

Je l'ignore. Je commence juste à avoir peur des chiens, laissez-moi le temps d'y réfléchir encore un peu.

Pour l'instant, on entend toutes sortes de choses, notamment que le problème avec les pitbulls, ce serait davantage la négligence des propriétaires que les chiens eux-mêmes.

À la radio, la dame de la SPCA disait aussi que la majorité des gens qui ont des pitbulls sont des jeunes hommes qui cherchent la provocation, voire la protection de leur animal.

Dans tous les cas, ce sont des gens qui élèvent déjà leurs chiens dans la clandestinité et l'illégalité. Alors vont-ils respecter une interdiction? Le trip de ces gars-là, c'est justement de défier les lois, alors...

En y allant d'une interdiction complète et totale, on risque surtout de pénaliser les bons propriétaires de chiens. 

On entend aussi que d'interdire les pitbulls ne ferait que déplacer le problème. Qu'après les pitbulls, on bannira les rottweillers, les bergers allemands. Et, qui sait, peut-être aussi les Danois et les grenouilles.

Or j'aime bien les grenouilles.

Dans tous les cas, la solution qui apparaît comme la plus évidente au lendemain d'une tragédie n'est pas nécessairement la meilleure.

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