La guérison de Colleen

La Couverture des témoins, une installation artistique à la mémoire... (John Woods, Archives PC)

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La Couverture des témoins, une installation artistique à la mémoire des victimes des pensionnats autochtones, au Musée canadien des droits de la personne de Winnipeg

John Woods, Archives PC

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CHRONIQUE / Le drame des pensionnats autochtones et de la grande rafle des années 1960, Colleen Cardinal l'a vécu de près. Plus de 40 ans après avoir été arrachée à sa famille pour être placée en adoption dans une famille blanche, cette autochtone d'Ottawa panse encore les blessures causées par les abus et le racisme.

Après l'expérience des pensionnats autochtones, le Canada a vécu la «grande rafle des années 1960». À l'époque, les services de protection de l'enfance ont retiré des milliers d'enfants autochtones de leur foyer pour les placer en adoption un peu partout au Canada, aux États-Unis et même à l'étranger.

Cette prise en charge généralisée des enfants autochtones à l'échelle nationale avait comme objectif d'assurer leur sécurité. Dans les faits, les services de protection de l'enfance ont été débordés et, paradoxalement, n'ont pu protéger les enfants.

C'est dans ce contexte que Colleen, comme des milliers d'autres enfants, a été arrachée à sa famille crie de Saddle Lake, en Alberta, par les services de protection de l'enfance. Elle n'était alors qu'un bébé naissant. 

Avec ses deux soeurs plus âgées, elle a migré dans une famille de Sault-Sainte-Marie, en Ontario, à 2500 kilomètres de chez elle. Mais au lieu de trouver un foyer sécuritaire et aimant, les trois fillettes ont été abusées sexuellement et physiquement par leur père adoptif...

***

L'autre drame de la «grande rafle des années 1960», c'est que les autorités de l'époque n'ont pas pris les mesures qui s'imposaient pour préserver la culture et l'identité des jeunes autochtones.

Colleen et ses soeurs ont appris leurs origines cries à l'adolescence, en pleine crise identitaire. En plus des sévices et du racisme, voilà qu'on leur présentait leurs racines autochtones comme une chose honteuse. Je vous laisse imaginer l'ampleur de leur révolte.

«J'étais en colère contre le monde entier», a raconté Colleen vendredi dernier, alors qu'elle était conférencière à un colloque sur les survivants et les victimes d'actes criminels à Gatineau.

En colère contre les sévices, le racisme, mais aussi parce qu'elle et ses soeurs ne trouvaient nulle part leur place dans ce monde.

***

Colleen est tombée enceinte très jeune du premier de ses quatre enfants, dans un contexte de drogue et d'alcool. Quand sa soeur a été assassinée par un dealer, les journaux à sensation se sont emparés de l'affaire. Ils ont dépeint la victime comme une fille autochtone sans le sou, qui avait couru après son propre malheur. «Alors que la vérité, c'était qu'on avait été abusées et qu'on tentait juste de survivre», raconte Colleen.

Après avoir passé des années sur le qui-vive, Colleen a pris le dessus sur la pauvreté et l'itinérance. Tout cela lui a donné le goût de raconter sa propre version des faits dans un documentaire qui est en cours de production.

«Au départ, je voulais raconter mon histoire et celle de mes soeurs. Mais en cours de route, on a rencontré d'autres enfants adoptés comme nous, puis d'autres encore, et encore... Et l'expérience commune que nous avons vécue, c'est une perte de culture, une perte d'identité qui a des conséquences durables. Toutes ces femmes autochtones assassinées et disparues en sont la preuve.»

À travers tout cela, elle poursuit la quête de sa propre identité. Il y a quelques années, Colleen a remarqué que son extrait de naissance ne faisait pas mention de ses origines cries. À en croire le document, elle était d'origine britannique... tout comme son père adoptif. Ça lui a donné un choc de voir que son lien avec son peuple d'origine avait été gommé des documents officiels.

Une situation qu'elle souhaite corriger un jour. Mais une chose à la fois. La guérison est un long processus.

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