Le Gatinois qui veut devenir président du Congo

André Ntela Tayeye veut réaliser le projet le... (Etienne Ranger, LeDroit)

Agrandir

André Ntela Tayeye veut réaliser le projet le plus fou de sa vie: se faire élire à la présidence de la République démocratique du Congo.

Etienne Ranger, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CHRONIQUE / J'ai d'abord cru à une blague. Mais non, André Ntela Tayeye est apparemment tout ce qu'il y a de plus sérieux.

Après 14 ans passés chez Transports Québec à Gatineau, cet ingénieur de 53 ans lâche son emploi et une vie peinarde au Canada pour réaliser le projet le plus fou de sa vie: se faire élire à la présidence de la République démocratique du Congo en novembre prochain.

En bon politicien, il dit croire à ses chances réelles de l'emporter.

Aussi dingue qu'il puisse paraître, son projet de briguer la présidentielle congolaise n'aurait pas surpris ses collègues du MTQ à qui il en parle depuis longtemps. Après avoir travaillé à construire le pont Alexandre-Martin de Gracefield puis le viaduc Saint-Raymond au-dessus de l'autoroute 5, il veut maintenant rebâtir son Congo natal. 

Vous êtes sérieux, M. Tayeye?

Voilà 15 ans, dit-il, qu'il réfléchit à la manière dont il peut contribuer au développement de son pays d'origine. Le déclic s'est produit l'an dernier, au retour d'un de ses nombreux voyages en Afrique et en Europe pour cultiver ses contacts au sein de la diaspora congolaise. Il a alors formé un mouvement citoyen. La Lumière de changement au Congo rallierait déjà 500 adeptes. «Le mouvement implique des églises, des groupes de femmes, de jeunes, des ONG et des partis politiques favorables à un changement au Congo», explique-t-il.

Et vous partez quand?

Il a ses billets d'avion en poche. Il dit qu'il s'envolera dans les prochains jours pour Kinshasa, la capitale de cet immense pays francophone d'Afrique centrale déchiré par les combats, la violence, la pauvreté, la corruption et la fraude. Sa femme et ses deux jeunes enfants suivront plus tard.

Mais pourquoi, M. Tayeye? Pourquoi quitter une vie tranquille et un emploi payant au Canada, pour aller vous jeter dans un sacré guêpier?

«Parce que si un Congolais ne fait pas ce que je m'apprête à faire, je ne pense pas que Patrick Duquette le fera. Le vrai changement viendra des enfants du Congo.»

***

En novembre prochain, la République démocratique du Congo n'en sera qu'à sa troisième élection présidentielle au suffrage universel. Le président actuel, Joseph Kabila, doit en principe passer la main après ses deux mandats à la tête du pays. Mais il montre de signes de vouloir s'accrocher au-delà de la date prévue des élections, soit le 27 novembre prochain.

À l'approche de la période électorale, la tension a monté d'un cran au pays, rapporte Human Rights Watch. Le mois dernier, les autorités ont arrêté et placé sous enquête un candidat à la présidence et 27 de ses collaborateurs. Des manifestants ont été dispersés à coups de bombes lacrymogènes sous prétexte qu'ils gênaient la circulation...

Dites-moi, M. Tayeye, vous vous attendez à recevoir quel genre d'accueil là-bas?

Il m'a assuré qu'il n'avait pas peur, pas une miette. Il est convaincu que d'arriver de l'extérieur du Congo lui donnera un avantage sur les candidats locaux. «Moi, j'ai les mains propres, je n'ai pas trempé à droite et à gauche. Je vais amener la confiance. On va lutter contre la fraude, la corruption. Nous espérons que ça permettra aux citoyens de croire aux institutions, de rassurer les investisseurs...»

Et comment ferez-vous pour vous faire connaître de la population? Vous avez de l'argent? Des appuis? Avez-vous un plan B si le pouvoir actuel sabote les élections? Il n'a pas trop voulu s'avancer là-dessus. «Je suis un croyant profond, j'ai confiance», m'a-t-il dit.

Devant mon air sceptique, il a ajouté: «Quand je ferai mon discours à la présidence, je rappellerai que tu es le premier représentant de la presse écrite à qui j'ai parlé.»

Bien voilà, mon vieux. C'est la première fois que je suivrai avec autant d'intérêt une élection présidentielle au Congo.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer