Le seuil de la décence

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CHRONIQUE / On s'entend, c'est un non-sens de vivre dans une société incapable d'assurer plus d'un bain complet par semaine à ses aînés les plus vulnérables. Mais je vous le demande: est-ce la pire chose à se produire dans nos centres de soins de longue durée?

La politique du «un bain par semaine» dans les CHSLD fait de nouveau les manchettes et repose cette épineuse question: comment fait-on pour établir une norme minimale de décence et de dignité pour nos personnes âgées? Est-ce que le seuil devrait être de deux bains par semaine comme le réclament certains? De trois? D'un par jour?

Pour répondre justement à cette question, il nous faudrait à tout le moins un portrait d'ensemble. Avant de dépenser 30 millions de plus par année pour hausser le seuil minimal à deux bains hebdomadaires, il faut s'assurer de ne pas couper de services essentiels ailleurs.

Si on met des vies en danger pour avoir des aînés plus propres, on ne sera guère avancé...

***

Or il n'est pas évident que cette norme du «un bain par semaine» soit le pire mal à affliger notre système de santé à l'heure actuelle. 

Avec le vieillissement de la population, le manque de personnel médical et les compressions dans le système de santé, on peut se demander quelle sera la qualité des services offerts en CHSLD au cours des prochaines années.

En fait, les aînés seraient les grands oubliés de la réforme du ministre de la Santé Gaétan Barrette, à en croire l'Association québécoise des retraités des secteurs publics et parapublics (AQRP).

Son président, Donald Tremblay, n'est pas convaincu que l'ouverture imminente des supercliniques, à Gatineau et ailleurs au Québec, améliorera beaucoup le sort des personnes âgées.

C'est vrai que les supercliniques soulageront sans doute les temps d'attente dans les urgences. Mais il n'est pas clair qu'elles amélioreront la prise en charge des personnes âgées par les médecins de famille. Les omnipraticiens garderont une grande latitude au moment de choisir leurs nouveaux patients et pourraient lever le nez sur les cas plus lourds.

L'AQRP a aussi raison de le souligner: Québec n'a pas livré la marchandise en ce qui a trait à la formation de superinfimières, comme il en existe en Ontario. On comptait sur ces infirmières praticiennes pour pallier le manque de disponibilité des médecins de famille et prévenir des séjours inutiles à l'urgence.

M. Tremblay note aussi avec raison que Québec manque le bateau en ce qui a trait au maintien à domicile des personnes âgées. Le Québec serait en retard sur les autres provinces canadiennes en ce domaine.

***

Pour en revenir aux bains, les infirmières et les préposés qui se rendent chaque jour chez les gens pour les soigner et en prendre soin sont particulièrement bien placés pour parler de priorité.

J'ai parlé lundi à la directrice d'une agence privée d'infirmières qui donne des soins à domicile. Et ce qu'elle me dit, c'est que les gens sont très réticents à payer pour faire prendre leur bain à la maison, un service qu'ils estiment couvert par le régime public.

Pour l'instant, ce n'est pas les bains autant que les couches ou les sous-vêtements souillés à changer qui monopolisent les efforts des employés de l'agence. La préparation des repas aussi. Il arrive que l'employé doive rester après avoir cuisiné pour s'assurer que le patient n'oublie pas de manger.

Alors oui, un bain par semaine, ce n'est pas assez. Mais sur le terrain, il y a des choix déchirants à faire entre toutes sortes de priorités.

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