L'handicapisme

Vous ne verrez pas Daniel Sigouin jouer la... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Vous ne verrez pas Daniel Sigouin jouer la victime ou se plaindre de son sort. Si ce n'est d'une chose: à 51 ans, il n'a occupé qu'un seul emploi au cours de sa vie qui n'était pas subventionné par un programme gouvernemental.

Etienne Ranger, LeDroit

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CHRONIQUE / Il existe des mots pour décrire les différentes formes de discrimination. Le racisme, le sexisme... Mais dis-moi, Daniel, comment s'appelle la discrimination envers les personnes handicapées? L'handicapisme?

Quand il avait 4 ans, Daniel Sigouin s'est fait renverser par une voiture alors qu'il revenait du dépanneur. Un accident qui l'a laissé paraplégique. Le bas de son corps est paralysé. Depuis, il se déplace en fauteuil roulant.

Son handicap ne l'a pas privé d'une belle vie. Marié pendant 20 ans, puis séparé, il est né de cette union un garçon, aujourd'hui âgé de 11 ans.

Vous ne verrez pas Daniel Sigouin jouer la victime ou se plaindre de son sort. Si ce n'est d'une chose: à 51 ans, il n'a occupé qu'un seul emploi au cours de sa vie qui n'était pas subventionné par un programme gouvernemental.

Pourtant, le gars est capable. Il a un diplôme collégial en comptabilité. Il a les qualifications pour être commis comptable ou agent de bureau. Il conduit son propre véhicule adapté.

Comme le dit Daniel, c'est pas parce que quelqu'un marche un peu croche qu'il n'a pas toute sa tête...

Mais voilà, c'est une réalité statistique: le taux de chômage chez les personnes handicapées et constamment plus élevé que pour la moyenne de leurs concitoyens.

À peine un peu plus de la moitié des Canadiens handicapés d'âge actif (51,3%) avaient un emploi en 2006.

C'est quoi, le principal obstacle à l'emploi, Daniel?

 «L'ignorance des gens face à une personne en fauteuil roulant. On oublie qu'elle a toute sa tête et son intelligence.»

Depuis qu'il a perdu cet emploi qu'il aimait tant à la SQ à cause des compressions, Daniel Sigouin n'a cessé de se chercher un emploi payant au sein de la fonction publique.

Il a migré de l'Abitibi à l'Outaouais dans l'espoir d'augmenter ses chances de dénicher le boulot de ses rêves. Sans se décourager, il consulte les offres d'emplois toutes les semaines et postule pour une dizaine de postes par mois.

Est-ce que l'employeur va te le dire carrément, Daniel, qu'il ne veut pas t'embaucher parce que tu es handicapé?

«De la discrimination évidente tu veux dire? Non, ça ne m'est jamais arrivé. Ils vont dire que j'ai un dossier intéressant, mais que pour telle ou telle raison, ils ont choisi un autre candidat.»

C'est frustrant, non?

«Oui. Mais je prends la vie du bon côté. J'ai eu de bons parents, j'ai grandi dans une famille de 8 où tout le monde s'entraidait. J'ai eu une femme, un enfant. Il y a juste l'emploi qui me manque.»

***

À La Relance Outaouais, ils prennent en charge des gens comme Daniel.

«On est là pour leur redonner confiance, pour les aider et les guider dans leur recherche d'emploi», explique Jean-Berchmans Hicintuka, conseiller en emploi au sein de l'organisme.

La Relance est le mandataire du gouvernement du Québec pour les programmes d'intégration au travail des personnes handicapées. 

Les contrats d'embauche sont négociés au cas par cas. Ils peuvent couvrir jusqu'à 85% du salaire d'un employé handicapé pour compenser l'encadrement et le manque à gagner en terme de productivité.

L'organisme organise depuis quatre ans une activité de speed dating impliquant des employeurs et des chercheurs d'emploi handicapés.

Le prochain aura lieu le 8 juin, de 17h à 19h, à la Maison du citoyen. Une dizaine d'employeurs y rencontreront plus de 120 candidats.

Le speed dating de l'an dernier a permis à Daniel Sigouin de décrocher un emploi subventionné à la Banque alimentaire d'Aylmer.

Il s'y plaît bien.

«Mais je continue de regarder les sites d'emploi sur Internet et les journaux afin d'améliorer ma situation», dit-il.

Avec l'espoir que quelqu'un comprendra un jour que son handicap est tout... sauf un obstacle.

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