Le Rapibus, version orwellienne

Dans les faits, les Gatinois se sont fait... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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Dans les faits, les Gatinois se sont fait vendre un projet qui devait leur coûter 150 millions. Et qui a fini par leur coûter la bagatelle... de 255 millions. Il y a là un immense écart, un écart plus grand que les dépassements de coûts de 33 millions que la STO souhaite officialiser.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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CHRONIQUE / Vous avez lu 1984, le célèbre roman de science-fiction de George Orwell? Dans un monde post-apocalyptique, un gouvernement totalitaire réécrit les livres d'histoire pour les accorder avec sa version officielle des faits...

Il y a comme une tentative de révisionnisme historique dans ce rapport d'expert sur les ratés du chantier Rapibus. Sur la foi de ce rapport divulgué jeudi, la Société de transport de l'Outaouais (STO) souhaite que la population retienne que le Rapibus n'aura coûté «que» 33 millions de plus que prévu.

Rien pour écrire à sa mère, quoi...

Le président de la STO, Gilles Carpentier, a même clairement indiqué que l'objectif de ce rapport est de «rétablir les faits avec des chiffres réels et officiels».

Je veux bien, moi, les chiffres. Je suis tout à fait pour ça des rapports qui nous apportent l'éclairage d'experts sur la base de données objectives. Vive la science!

Et après avoir lu le rapport de la firme Strategia, je comprends comment ils en sont arrivés à leur calcul de 33 millions en dépassements de coûts. D'un strict point de vue comptable, l'analyse se tient. Le Rapibus aurait coûté trop cher, mais d'à peine 1% sur les meilleures pratiques.

Sauf que la vie n'est pas que comptabilité. 

Dans les faits, les Gatinois se sont fait vendre un projet qui devait leur coûter 150 millions. Et qui a fini par leur coûter la bagatelle... de 255 millions. Il y a là un immense écart, un écart plus grand que les dépassements de coûts de 33 millions que la STO souhaite officialiser. C'est trop facile de réécrire l'histoire après coup, de dire que le montant de 150 millions de départ n'était qu'une «estimation conceptuelle».

À l'époque, les dirigeants de la STO ne s'embarrassaient pas de telles nuances, préoccupés à vendre leur projet.

***

À la lecture du rapport de Strategia, il est clair que la STO a sous-estimé la complexité du Rapibus, l'un des plus grands chantiers des dernières années au Québec. Le transporteur public a péché au chapitre de la gestion, de la planification et de la gouvernance du projet. De toute évidence, la bouchée était beaucoup trop grosse à avaler pour la STO.

Au lieu d'admettre ses erreurs au fur et à mesure et de réduire les attentes de la population à l'endroit du Rapibus, la STO s'est enfoncée dans une logique d'autopromotion. Trop obsédée à «vendre» son projet et à défendre son image de marque, elle en a oublié de donner l'heure juste à la population.

Quand il est devenu évident que le Rapibus ne serait pas plus rapide que l'ancien service, la STO n'a pas cru bon d'en aviser les usagers comme elle aurait dû le faire dans une logique de reddition de compte. 

Les gens ont vite réalisé par eux-mêmes que le Rapibus promis était au mieux un Pareilbus, voire un Lentibus...

On peut bien réécrire l'histoire du Rapibus et dire que les dépassements de coûts n'étaient pas si gros que ça après tout. Il reste qu'une partie de la population a eu l'impression qu'on ne lui a pas dit la vérité, rien que la vérité, à mesure que le projet Rapibus cheminait.

Pas pour rien que des usagers se sont rebellés après l'ouverture du Rapibus, en plein coeur de la campagne à la mairie de 2013. Mal préparée, la STO n'a pas su réagir à cette «guérilla citoyenne» résolue et articulée, qui digérait mal de s'être fait mener en bateau.

Dans une démocratie, on ne réécrit pas l'histoire. Mais on peut apprendre de ses erreurs. La STO a fait son mea culpa. On verra si elle peut faire mieux alors que s'amorcent bientôt les discussions pour prolonger le Rapibus vers l'ouest.

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