Les principes en deuxième

CHRONIQUE / En écoutant les débats du conseil municipal sur ce... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Etienne Ranger, LeDroit

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CHRONIQUE / En écoutant les débats du conseil municipal sur ce projet d'hôtel de 20 millions dans le secteur de la Cité, j'ai eu l'impression d'assister à un nouvel épisode de la grande crise existentielle de Gatineau.

La ville fusionnée semble plus tiraillée que jamais par son désir de devenir plus dense, plus verte, plus animée, plus propre, plus transport en commun...

Mais face à ces beaux principes, il y a la réalité du marché immobilier qui carbure à la rentabilité et aux profits. C'était plus évident que jamais mardi soir, alors que le conseil municipal de Gatineau devait se prononcer sur un projet d'hôtel de 125 chambres dans le secteur de la Cité.

Au centre du litige: une demande du promoteur pour aménager un vaste stationnement extérieur de 125 places aux abords de son établissement, deux fois plus que permis par le règlement.

Le parti du maire Maxime Pedneaud-Jobin a décidé d'en faire une question de principe et de voter contre. L'hôtel verra le jour dans un secteur appelé à se densifier considérablement au cours des prochaines décennies. Pour le parti, il n'est pas question d'y autoriser l'aménagement d'une mer d'asphalte qui grugera l'espace disponible, en plus de devenir un îlot de chaleur.

À l'opposé, les élus indépendants craignaient de faire fuir l'investisseur en se montrant trop exigeants envers lui. Majoritaires au conseil municipal, les indépendants l'ont emporté. Le promoteur Jacques Bélanger pourra construire son hôtel et le grand stationnement qui vient avec.

***

Dans le fond, ce vote donne l'impression que les grands principes passent vite en deuxième dès qu'un investisseur fait miroiter ses millions au conseil municipal.

À plus petite échelle, l'hôtel du secteur de la Cité pose les mêmes questions que les tours de Brigil. Jusqu'à quel point est-on prêt à déroger à nos principes pour permettre de gros investissements? Et d'une manière plus générale: dans quelle sorte de ville veut-on vivre?

Le projet d'hôtel dans le secteur de la Cité est le tout premier projet immobilier d'envergure en bordure du Rapibus. Or on l'oublie parfois, mais le Rapibus n'a pas été conçu que comme un corridor dédié aux autobus. Il est aussi appelé à devenir l'épine dorsale de la densification résidentielle et commerciale dans le secteur Gatineau.

Or dès le tout premier projet près du Rapibus, le conseil municipal fait une concession sur la densité pour s'assurer un investissement à court terme. Quel genre de message ça envoie aux futurs investisseurs?

Que le conseil municipal est vulnérable à la vente sous pression.

On passe des mois et des mois à faire des consultations pour élaborer des schémas d'aménagement et des plans particuliers d'urbanisme pour mieux guider le développement de Gatineau. Bien sûr que ce ne sont pas des bibles qu'il faut respecter à la lettre sous peine de finir en enfer. Bien sûr que la politique est l'art du possible, l'art du compromis aussi.

C'est vrai qu'il est difficile de refuser un investissement de près d'une vingtaine de millions par les temps qui courent. Mais si on veut réellement changer la manière dont le développement s'opère à Gatineau, il faudra bien que les élus tiennent leur bout un moment donné.

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