Une tragédie encore nimbée de mystère

Le navigateur Kenneth D. Thomas et le pilote... (Courtoisie, Ottawa Citizen)

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Le navigateur Kenneth D. Thomas et le pilote William J. Schmidt étaient aux commandes du CF-100 en question.

Courtoisie, Ottawa Citizen

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CHRONIQUE / Comment un avion à réaction a-t-il pu s'écraser sur le couvent des Soeurs grises à Orléans, le 15 mai 1956, condamnant 15 personnes à mourir dans un enfer de flammes? Soixante ans après le drame, le mystère demeure sur l'une des pires tragédies aériennes de l'aviation militaire au Canada.

Ce soir-là, deux avions de chasse CF-100 décollent de la base d'Uplands, dans le sud d'Ottawa. Le monde est en pleine guerre froide et vit dans la hantise d'un conflit nucléaire. À l'époque, les pilotes de l'Aviation militaire royale du Canada s'entraînent régulièrement à intercepter des appareils ennemis. Mais cette nuit-là, ce n'est pas un exercice. Les radars ont détecté la présence d'un avion non identifié au nord d'Ottawa.

William Schmidt, 25 ans, décolle en compagnie de son navigateur Kenneth Thomas, 20 ans, à bord d'un CF-100 armé de mitrailleuses et de roquettes. Pendant que l'équipage tente d'identifier l'avion inconnu, c'est plus ou moins l'heure du coucher à la Villa St-Louis d'Orléans, 10 000 mètres plus bas. Construite trois ans plus tôt par les Soeurs grises de la Croix, la vaste demeure sert de maison de repos pour les religieuses.

L'avion suspect est rapidement identifié. Fausse alerte: il s'agit d'un Canadair North Star en provenance de Resolute Bay et en direction de Dorval. Le lieutenant Schmidt contacte la base par radio. Il poursuivra son vol le temps de brûler le surplus de carburant et d'alléger l'appareil pour l'atterrissage.

Pour une raison mystérieuse, l'avion du lieutenant Schmidt plonge peu après à la vitesse vertigineuse de 1100 km/h vers le seul bâtiment d'importance du secteur Orléans, peu peuplé à l'époque: la résidence des Soeurs grises.

Le 15 mai 1956, un avion de chasse... (Archives, Ville d'Ottawa) - image 2.0

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Le 15 mai 1956, un avion de chasse s'est écrasé sur le couvent des Soeurs grises à Orléans, tuant 15 personnes.

Archives, Ville d'Ottawa

L'avion s'abat de plein fouet sur la chapelle. Il se serait écoulé un moment entre l'écrasement et la déflagration. L'aumônier Richard Ward a juste le temps de se précipiter dehors pour crier: «Sisters!» 

Puis il est terrassé par l'explosion de l'avion, chargé à bloc d'essence et de munitions. Outre le prêtre, 11 religieuses, une aide-cuisinière et les deux aviateurs périront. Alertées à temps par l'aumônier, 24 religieuses échapperont à l'enfer. 

***

Que s'est-il passé entre la dernière communication du pilote et l'écrasement? Le mystère demeure encore aujourd'hui.

L'hypothèse la plus plausible est que le système d'approvisionnement en oxygène du CF-100 a fait défaut. À plus de 10 000 mètres d'altitude, pareille défaillance ne pardonne pas. Selon Gilbert Desbecquets, qui était navigateur sur CF-100 à la fin des années 1950, l'explication est crédible. 

«L'hypoxie, le manque d'oxygène au cerveau, c'est sournois comme vous ne pouvez pas savoir. On ne sent pas le manque d'oxygène. En fait, on se sent bien, on se sent même heureux! Alors que dans les faits, on ne peut survivre plus d'une minute sans oxygène à une telle altitude.» M. Desbecquets a connu des navigateurs décorés pour avoir convaincu leur pilote, souffrant d'hypoxie, de descendre sous les 3000 mètres où il est possible de respirer sans masque à oxygène.

Mais dans le cas du CF-100 de Schmidt et Thomas, il suppose que les deux ont dû manquer d'oxygène en même temps, ne leur laissant aucune chance de survie.

***

Né un mois avant la tragédie, le fils du pilote, Brian Schmidt, n'a jamais connu son père. Aujourd'hui neurologiste et chercheur à l'Université du Manitoba, il s'est intéressé au destin de son paternel. «On n'a jamais su ce qui était arrivé. Mais on a toujours soupçonné une panne du système d'oxygène. D'ailleurs, 90% des recommandations du rapport d'accident portaient sur le système d'alimentation du CF-100 et sur le masque à oxygène», dit-il.

Quand Gilbert Desbecquets a commencé à voler quelques années après la tragédie, des correctifs avaient été apportés aux CF-100. «On avait une petite bouteille auxiliaire d'oxygène (sur la poitrine). Si on sentait que quelque chose n'allait pas, on actionnait la bouteille et on descendait au plus vite», dit-il.

***

D'anciens aviateurs de la 410e escadre de l'Association des Forces aériennes du Canada commémorent l'écrasement chaque année, sous l'initiative d'un des leurs, Bob Clarke. La cérémonie du 60anniversaire a lieu ce dimanche, à 14h, au monument commémoratif situé derrière la Résidence St-Louis sur le chemin Hiawatha Park, à Orléans.

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