Pédaler pour gérer le stress scolaire

«Quand je réalise que je ne suis plus... (Patrick Woodbury, LeDroit)

Agrandir

«Quand je réalise que je ne suis plus capable d'écouter le prof, je vais dépenser un peu d'énergie. Je travaille mieux ensuite», confie Clea Paraskevas.

Patrick Woodbury, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CHRONIQUE / Quand un élève trop turbulent dérange le reste de sa classe de cinquième année, David Benay n'a pas besoin de le gronder. Il lui pointe les deux vélos stationnaires installés près de la porte d'entrée.

«Au lieu de dire à l'élève de s'asseoir et d'arrêter de bouger, je lui dis: "Vas-y, va sur le vélo. Et bouge!" Après un moment, il est calmé et de nouveau capable de se concentrer. C'est moins radical que de le sortir de la classe ou de l'envoyer chez le directeur», raconte-t-il.

Depuis quatre ans, chacune des classes de l'école publique Jeanne-Sauvé d'Ottawa est équipée d'un ou de plusieurs vélos stationnaires. Si un enfant ressent le besoin de se délier les jambes, il est libre d'aller pédaler cinq ou 10 minutes pour relâcher la pression.

Les bienfaits sont multiples. Et pas seulement pour les élèves qui ont des troubles d'hyperactivité. Les enfants plus introvertis, qui souffrent d'anxiété en silence, en profiteraient aussi.

David Benay a eu l'idée des vélos stationnaires il y a quatre ans alors qu'il avait hérité d'une classe particulièrement agitée. Des élèves pas méchants, mais qui avaient une furieuse envie de bouger.

Pour canaliser leur énergie, il a pensé au vélo stationnaire, une idée tentée aux États-Unis à la fin des années 1990. «Le gros avantage du vélo stationnaire dans une classe, c'est que tu peux continuer à enseigner pendant que des enfants pédalent», indique David Benay. Son directeur, André Larouche, a tout de suite embarqué. «Quand David est venu me voir, je lui ai dit qu'on achèterait des vélos non seulement pour sa classe, mais pour toute l'école», dit-il.

***

C'est ainsi que David Benay a fait l'acquisition d'un premier lot d'une quarantaine de vélos stationnaires qu'il a montés lui-même. Les premières années, c'est lui qui les réparait. Comme quoi, lorsqu'on sort des sentiers battus, il faut être prêt à trimer dur!

Les élèves ont vite été fascinés par les vélos stationnaires.

«Au début, c'était comme un jouet. Tout le monde voulait l'essayer, raconte David Benay. Au fil des ans, c'est devenu un outil que les élèves ont appris à utiliser pour gérer par eux-mêmes leur stress et leur surplus d'énergie.»

Dans la classe de David, Maya Galko fait partie des adeptes du vélo stationnaire. «J'en fais avant un examen. Ça me relaxe et je suis mieux concentrée par la suite». Même chose pour Clea Paraskevas: «Quand je réalise que je ne suis plus capable d'écouter le prof, je vais dépenser un peu d'énergie. Je travaille mieux ensuite.»

Une école publique qui décide d'investir dans l'achat d'une flotte de vélos stationnaires, c'était pour le moins audacieux. Mais aujourd'hui, la plupart des sceptiques sont confondus. 

Depuis le début du projet en 2012, les élèves de Jeanne-Sauvé obtiennent de meilleures notes aux tests provinciaux. La pratique du vélo stationnaire est devenue une stratégie qu'on intègre au plan d'enseignement individualisé (PEI) de certains élèves de l'école pour les aider à demeurer plus attentifs en classe. 

L'école Jeanne-Sauvé vient de remporter le prix national Ken Spencer décerné par la Canadian Education Association. 

Des directeurs d'écoles du Québec et de l'Ontario songent à importer la formule chez eux.

Lui-même passionné de cyclisme, David Benay est heureux de voir qu'une culture du vélo est en train de fleurir à Jeanne-Sauvé. De plus en plus d'élèves pédalent jusqu'à l'école. 

La direction a dû faire installer de nouveaux supports à vélo. 

«Des fois, je ne pédale pas jusqu'à l'école car je trouve qu'il fait trop froid. En arrivant, je vois des élèves qui, eux, ont pris leur vélo. Je trouve ça super», dit-il en affichant un large sourire.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer