Les bougonneux de service

La règlementation municipale à Gatineau interdit l'installation d'objets... (Etienne Ranger, LeDroit)

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La règlementation municipale à Gatineau interdit l'installation d'objets dans la rue, comme des paniers de basket, mais pas d'y jouer.

Etienne Ranger, LeDroit

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CHRONIQUE / Que de gens aillent se plaindre à la police parce que les enfants du voisin jouent au basketball dans la rue, ça me jette à terre.

Sur la rue Guilford Booth où habite Kerry Mulvihill, à Gatineau, j'ai compté au moins cinq paniers de basket plantés en bordure de la rue. Les fins de semaine et les soirs de semaine, les jeunes du coin s'improvisent des parties de basket autour des paniers.

Et un, deux, trois... flouche dans le filet.

C'est vrai, la plupart du temps, les enfants du quartier jouent dans la rue. Parce qu'il n'y a pas assez de place dans les cours avant. Et parce qu'il n'y a pas de panier de basket au parc voisin.

Mais la sécurité n'est pas un enjeu sur cette rue peu passante du secteur Aylmer. Les autos qui y circulent sont tenues de rouler à moins de 40 km/h. Bref, on n'est pas sur le boulevard Gréber...

Dans une société qui a toutes les misères du monde à convaincre les jeunes de lâcher leurs gadgets électroniques et qui a érigé le Grand Défi Pierre-Lavoie au statut d'oracle sportif, on devrait se réjouir de les voir jouer dehors. Et puis, faut-il rappeler que le quart des jeunes de l'Outaouais souffre d'un excès de poids selon une enquête de la Santé publique?

Le quart!

Mais apparemment, il y a encore des gens pour qui les cris de plaisir des enfants et le son d'un ballon qui rebondit ne riment pas avec bonheur, mais avec nuisance publique. Des gens qui n'hésitent pas à téléphoner à la police quand les enfants du voisin font trop de bruit à leur goût en se défoulant à l'extérieur.

Kerry Mulvihill n'aurait jamais cru vivre ça un jour.

Et pourtant, c'est arrivé. Des policiers sont débarqués chez elle lundi soir.

En les voyant arriver, elle a compris tout de suite. Elle a revu la voisine qui criait d'aller jouer ailleurs à deux jeunes s'exerçant à faire des paniers devant chez elle, l'après-midi même...

Quand la police est arrivée, les enfants jouaient dans sa cour arrière où elle leur avait demandé de se replier pour ne pas déranger le voisinage.

«La police m'a dit que la première fois, c'était un avertissement. La deuxième fois, c'était l'amende», raconte Mme Mulvihill.

***

Le plus sidérant, c'est que le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) est appelé à intervenir régulièrement à la réception de ce genre de plainte contre des jeunes qui jouent au basket ou font de la planche à roulettes dans la rue. 

La réglementation municipale n'interdit pas comme tel de jouer dans la rue à Gatineau. Seulement d'y installer des objets comme des paniers de basketball ou des filets de hockey. Dans le cas de Mme Mulvihill, c'est une plainte pour le bruit qui est en cause et qui relève d'un autre règlement.

Rassurez-vous, ce n'est pas parce que le bougonneux de service sur votre rue se plaint que vous aurez automatiquement droit à une amende.

Les policiers ont toute la latitude pour faire preuve de tolérance s'ils jugent que la plainte est abusive ou mal fondée.

Je n'étais pas là au moment des faits chez Mme Mulvihill. Il se peut que j'ignore un élément de l'histoire. Qui sait, peut-être que le ballon n'arrêtait pas de rouler dans les fleurs de la voisine. Peut-être que les enfants ont été impolis avec elle.

Il reste que j'ai un gros, gros préjugé favorable... aux enfants. Parce que Let the children play, comme chantait Carlos Santana.

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